EXERCICE DE STYLE

De Stijl est le nom d’une revue fondée en 1917 à Leyde, aux Pays-Bas, mais aussi celui du mouvement qui en est issu.  » Né entre les deux guerres, au moment où tout se déchire et tout se recompose, c’est une plate-forme de collaborations, d’idées, de débats, qui se développe de Paris à Amsterdam, de Berlin à Moscou « , explique Aurélien Lemonier, l’un des commissaires de l’exposition. Si Mondrian en est une figure essentielle, par les idées nouvelles qu’il insuffle, Van Doesburg joue le rôle de l’homme-orchestre. A la fois peintre, poète, critique, architecte et polémiste, il parcourt l’Europe afin de promouvoir les théories du néoplasticisme.

Ce mouvement, transdisciplinaire, fédère des peintres comme Bart van der Leck, ainsi que des designers et des architectes, tel Gerrit Rietveld. Imprégnés des théories théosophiques, ses membres, qui croient en un nouvel humanisme, revendiquent un engagement prenant en compte la société dans son ensemble, entre utopie et réalité.

Les principes de la peinture doivent s’étendre à l’environnement, à l’architecture, à la ville. Mondrian, qui a transformé son atelier parisien en laboratoire néoplasticien, réalise, en 1926, un projet d’aménagement intérieur à la demande de la collectionneuse allemande Ida Bienert. De la même façon, il imagine les décors d’une pièce de théâtre, L’éphémère est éternel, signée de son ami Michel Seuphor. Aucun des deux pourtant ne verra le jour. Et Mondrian évacue vite la perspective d’appliquer l’abstraction au réel.

Van Doesburg, lui, passe à l’acte. Ainsi travaille-t-il à l’aménagement intérieur du café de l’Aubette, à Strasbourg. Gerrit Rietveld, lui, après avoir imaginé sa  » chaise rouge-bleu « , comme une sorte de projection d’un tableau de Mondrian, construit une maison dans la banlieue d’Utrecht, la maison Schröder, selon un système de cou-leurs primaires et de plans rectangulaires. En 1925, l’architecte Frederick Kiesler pousse le raisonnement jusqu’à imaginer une ville flottante sous la forme d’une vaste maquette présentée à l’Exposition des arts décoratifs – elle est reconstituée dans l’exposition du Centre Pompidou.

Les architectes des années 1930, du Corbusier à Mallet-Stevens, en passant par Mies van der Rohe, se sont inspirés des idées de De Stijl. Mais on l’a oublié.  » Van Doesburg est mort très tôt, en 1931, à 48 ans, sans avoir eu le temps d’orga-niser sa postérité « , explique Aurélien Lemonier. Et Mondrian, émigré à New York, est devenu américain.

A.C.-C.

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