Etre  » vieux  » aujourd’hui

Pour éviter tout malentendu, on ne traitera pas des états de vieillissement-décrépitude d’ordre organique. Seul compte, ici, le jugement que l’on porte sur les personnes âgées qui vivent normalement au sein de la société occidentale. Deux faits méritent l’attention.

Premièrement, si la retraite est toujours la bienvenue, dans la mesure où elle est l’occasion d’une liberté de loisirs tant désirée quand il fallait trimer, elle s’accompagne d’exclusion sociale. Etre vieux, c’est être mis  » hors jeu « . Tout se passe comme si, passé un âge administrativement fixé, on devenait inapte à assumer pleinement son  » humanité  » lors même qu’on reste vaillant de corps et d’esprit. Il y a là une inversion de valeur patente. Hier, les  » anciens  » étaient assimilés aux sages. On leur reconnaissait une expérience irremplaçable. Leur faiblesse, elle-même, fonctionnait comme une aura. Plus concrètement, l’ordre familial se déployait à travers trois, quatre générations. De la nécessité de vivre ensemble, on avait fait vertu.

Secondement, et c’est la conséquence logique de cette première inversion, le seul fait de vieillir est en soi considéré comme un mal. Par ailleurs, on est socialement vieux de plus en plus tôt. En effet, nombre d’activités se déploient dans une fébrilité, une hâte, une obligation d’être toujours  » à la page  » qui nécessitent une formidable résistance physique. La période où l’on est reconnu comme productif est de plus en plus courte : entre 30 et 50 ans. Cette situation absurde exacerbe la lutte entre les âges, défigurant l’image intergénérationnelle. Trop souvent, il ne reste que l’argent (ou son absence) pour tenir compagnie aux vieux. Ainsi s’installe ce prêt-à-penser où on les accuse de bien vivre au détriment des actifs.

Sans doute faut-il nuancer le propos, mais l’orientation générale est évidente. Etre vieux, c’est avoir fait son temps, comme si la société ne se nourrissait pas autant de l’expérience accumulée que de la vigueur de l’espérance juvénile. Le problème n’est pas qu’économique, il est moral et… esthétique. Il est moral dans la mesure où la cause de nos erreurs se confond avec la période d’activité de ceux qui sont maintenant à la retraite. Les coupables sont tout trouvés. Esthétique, enfin, car à cette époque où la publicité, le sport, tout ce qui est  » branché  » dans l’art prennent l’image de l’extrême jeunesse, le vieux n’est guère présentable. La vieillesse n’est pas un naufrage, c’est notre société qui l’a naufragée.

Jean Nousse On dit que  » la vieillesse est un naufrage « . Sommes-nous tous condamnés à ce naufrage ?

Christopher Geens, Anvers

Paul Vanderlinden, Schaerbeek

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