Et si on se faisait une Digital Detox ?

Smartphones, tablettes, PC, montres, frigos… le monde hyperconnecté dans lequel on vit, avec son cortège d’objets interactifs, nous laisse rarement le temps de souffler. Jusqu’à l’overdose ? Les cures de détox digitale commencent à avoir le vent en poupe. Découverte.

Dans l’univers futuriste et cyberpunk de William Gibson, où il ne fait pas franchement bon vivre, on parlait déjà, en 1981, du NAS – ou Nerve Attenuation Syndrome – une maladie issue de l’esprit bien torturé d’un auteur déjanté, et causée par une surexposition du sujet à l’information, à la technologie. En 2008, on a vu apparaître une pathologie nouvelle : la nomophobie. C’est la peur excessive d’être éloigné de son téléphone portable. Bonjour l’angoisse. En Chine, où l’on n’est pas franchement porté sur la rigolade, on a ouvert des centres de traitement de l’addiction à Internet pour des jeunes  » en perdition « . Etrangement d’ailleurs, le remède chinois semble le même pour tout ce qui peut bien poser problème à la jeunesse : un camp fermé militarisé, du close-combat, avec des périodes de confinements pendant six mois, car on ne sait jamais. Et si l’on n’allait pas un peu trop loin ? Et si, finalement, la vraie solution ne venait pas d’une prise de conscience de notre rapport aux machines et à la communication numérique en particulier ?

Comment envisager la détox numérique ?

Avouons-le, on s’est tous un jour retrouvé dans le salon, en famille ou entre amis, le nez plongé dans notre téléphone ou notre tablette, dans un silence religieux absolu. Et si ce n’est pas votre cas, ce n’est pas grave. Vous êtes sans doute encore dans le déni, ça viendra. Mais pour ceux qui ont conscience d’avoir un rapport plus qu’excessif au numérique, il existe des solutions, comme la détox numérique, ou Digital Detox, puisque c’est un concept qui nous vient d’outre-Atlantique. L’idée est simple : partir quelques jours dans un endroit agréable, plus ou moins coupé du monde, et abandonner toute idée de connexion numérique en passant la porte. Simple, efficace, prometteur en tout cas.

Seulement voilà, si vous attendez d’une  » détox numérique  » qu’elle fasse de vous en trois jours le maître zen de la tablette, le Yoda du réseau social, vous vous trompez lourdement. Et si c’est ce que l’on vous vend à longueur de page Web : courage, fuyez ! Ce type de séjour ne peut être que le préambule à un travail quotidien, une prise de conscience de notre façon d’appréhender les nouvelles technologies. Installé au coeur du Médoc (sud-ouest de la France), Pierre Massot, consultant en ressources humaines, propose, entre autres ateliers bien-être, une  » pause numérique « .

Selon lui, l’approche du numérique-épouvantail, fléau de la vie moderne, n’est absolument pas la bonne.  » Le numérique n’est pas à percevoir comme un mal en soi. C’est une évolution de notre monde. Il faut s’y adapter, explique-t-il. Notre offre s’adresse aux personnes pour lesquelles le rapport aux machines engendre une certaine souffrance. On vise les hommes et les femmes qui prennent conscience d’un certain malaise quand, par exemple, ils n’ont plus leur portable dans la poche, et qui entament une démarche volontaire pour se désaliéner.  »

Inutile de chercher une solution miracle à votre addiction au petit appareil qui vibre dans votre poche, donc. Au château la Gravière, leur maison d’hôte, Pierre Massot et son épouse travaillent essentiellement selon deux axes. Une fois les objets numériques mis sous clé pendant la durée du séjour, ils  » proposent des activités qui permettent de ne pas ressentir le manque provoqué par l’absence d’appareils numériques. On profite pour cela d’un cadre idéal, propice au calme et à la détente. On organise des balades dans les vignobles environnants, des séances de massage « . Hélas, beaucoup d’offres Digital Detox s’arrêtent là. Estimant que le seul contact avec la nature et une certaine forme de loisir permettent d’éviter de se replonger le nez dans sa tablette une fois de retour à la maison. Les thérapies un peu sérieuses proposent un travail préparatoire en vue d’un retour à la vie numérique, histoire de prendre de vraies bonne habitudes.  » On organise aussi des entretiens plus personnalisés, souligne Pierre Massot, de façon à faire prendre conscience qu’il existe un mécanisme émotionnel qui les fait s’attacher à leur appareil plutôt qu’à autre chose. On touche là, en un sens, au développement personnel.  »

Reprendre le contrôle

Selon notre interlocuteur, les retours d’expérience des visiteurs sont positifs.  » En fait, les réactions des gens nous encouragent à persévérer dans cette voie.  » La prise de conscience de nos rapports compliqués aux écrans est encore timide dans notre société et la détox numérique a du mal à se faire un chemin. Mais Pierre Massot, se dit encouragé par  » ses résultats de terrain « .  » Il y a vraiment un mieux-être, avec des résultats durables. C’est par exemple une personne qui va arrêter de dormir avec la télé allumée, qui va ranger son smartphone au fond de son sac pendant un déjeuner, etc.  »

Et c’est vrai que notre rapport au numérique est compliqué. Au fond, il ne faut pas se le cacher, il y a une vraie aliénation au numérique. Quand on se saisit machinalement de son smartphone parce qu’une notification l’a fait biper, à qui obéit-on vraiment ? Qui commande ? Bien sûr, on pourrait ignorer le message qui vient d’arriver, mais si c’était quelque chose d’important ? Comme par exemple une vidéo de chaton ou un sms avec autant de smileys que de fautes d’orthographe… Et ça risque de ne pas aller en s’arrangeant avec la foultitude d’objets connectés qui s’annonce.  » Fais du sport ! « , crie le bracelet de santé.  » Roule plus doucement ! « , ordonne le boîtier d’assurance automobile connecté,  » ou tu le paieras ! « . Bientôt, la fourchette connectée vous dira  » mange moins vite ! « , la brosse à dent hurlera à la mort si vous ne vous êtes pas appliqué à votre devoir matinal. Dans ce futur numérique, qui obéit à qui ? Peut-être est-il temps de revoir notre relation aux machines, d’arrêter de porter un tee-shirt avec  » Obey  » écrit en gros dessus, et si la première étape est un séjour de détox numérique dans un bled perdu, eh bien, ainsi soit-il !

Par Benoit Dupont

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