Et maintenant, l’Amérique…

Depuis trois ans, les Américains ont réussi à faire croire qu’il n’y avait plus de crise qu’en Europe. Et mieux, même : que l’Europe en était la seule cause. Sans vouloir admettre que les désordres financiers ont commencé avec l’endettement excessif des ménages américains et la titrisation de leurs emprunts ; sans vouloir reconnaître que, alors que l’Europe mettait en place, à grand-peine, les premiers éléments d’une gouvernance adaptée à la mondialisation et commençait à maîtriser ses dettes publiques, la faiblesse de la démocratie américaine laissait augmenter les dépenses et diminuer les recettes, dans des proportions inconnues dans l’Histoire. Et la situation qu’affrontera le prochain président des Etats-Unis, quel qu’il soit, sera effrayante.

En apparence, tout semble pourtant aller très bien outre-Atlantique : la Silicon Valley reste le premier lieu de la créativité mondiale. New York demeure la ville la plus fascinante de la planète. Le cinéma de Hollywood continue de faire rêver le monde. Les armées américaines sont encore déployées sur la plupart des continents et d’elles dépend la sécurité des démocraties. De nouvelles sources d’énergie vont assurer l’autonomie du pays. Enfermée dans son optimisme, l’Amérique croit encore qu’il lui suffira d’emprunter pour un temps, en attendant le retour de la croissance, qui avalera la dette.

Mais la dette augmente beaucoup plus vite que jamais dans l’histoire américaine (de plus de 1 trillion de dollars chaque année), et même plus vite que celle d’aucun pays européen ; elle dépassera dans deux ans les 80 % du PIB, soit un niveau double par rapport à celui de 2008. Pour la financer, le budget fédéral emprunte 4 trillions cette année, et le service de la dette dépasse le total du budget de la défense, de la sécurité sociale et du système de santé.

Tout cela fonctionne tant que les prêteurs sont au rendez-vous. Ils sont de deux sortes : la Réserve fédérale (la Fed, la banque centrale américaine), qui imprime à l’infini des billets, pour prêter à l’Etat et aux banques commerciales ; les nouvelles puissances, enrichies par la hausse du prix de l’énergie, qui placent dans la dette des Etats-Unis l’essentiel de leurs surplus, parce que ce pays leur semble fort et, surtout, parce qu’elles n’ont pas d’autres placements possibles et parce que l’Amérique leur sert de mercenaire. Jusqu’à quand ?

La Fed détient maintenant un sixième de la dette publique, ce qui est le niveau le plus élevé atteint dans l’Histoire. Et les fonds souverains vont commencer à diversifier leurs investissements. Le financement de la dette américaine sera donc de plus en plus difficile. En toute logique, cela devrait, un jour prochain, se traduire par un effondrement de la valeur du dollar et une hausse massive des taux d’intérêt, dont les effets seront désastreux : un point d’augmentation alourdira de 100 milliards de dollars le coût du service de la dette. Alors, l’Amérique sera en faillite. Elle ne pourra plus rien faire pour sortir du chômage les 17 % de sa population qui y sont plongés, ni pour nourrir les 50 millions de personnes qui ne survivent que grâce à la soupe populaire, ni pour réparer des milliers de ponts et de routes en ruine, ni pour rendre sa force à un système scolaire catastrophique (hors les plus prestigieuses universités, où la majorité des élèves est désormais d’origine étrangère), ni pour maintenir sa force militaire.

A moins de progrès technologiques miraculeux, ou d’une économie de guerre, un effondrement de la société américaine s’annonce. Nul, en Europe, n’aurait à y gagner.

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