Eric de Beukelaer :  » Pour une nouvelle spiritualité citoyenne « 

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

Quand un prêtre se mêle de politique, cela sent toujours un peu le soufre. L’abbé de Beukelaer tient pourtant à rappeler, dans son nouveau livre, que la démocratie ne se fonde pas sur un consensus mou.

A chacun ses dates fétiches. Celle qu’Eric de Beukelaer honore par-dessus tout est le 28 mai 1940. Un mardi. Aux yeux de l’ex-porte-parole des évêques de Belgique, 47 ans, elle marque l’avènement de la démocratie moderne. Ce soir-là, Churchill arrache au War Cabinet la résolution de ne pas négocier avec l’Allemagne victorieuse.  » Si le grand homme avait été renversé, et il s’en est fallu de peu, Hitler aurait gagné sa partie de bluff avec l’Europe « , assure l’abbé.

Ordonné prêtre pour le diocèse de Liège en 1991, Eric de Beukelaer a été, ces dernières années, responsable du séminaire Saint-Paul de Louvain-la-Neuve (les séminaristes francophones sont désormais regroupés à Namur). Cet adepte du col romain, aux convictions fortes, tient un blog sur lequel il commente l’actualité (http://minisite.catho.be/ericdebeukelaer), y compris celle qui suscite la polémique (la libération de Michelle Martin, l’élimination de Ben Laden, l’interdiction de la burqa en Belgique…). Il est, par ailleurs, l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’Eglise et le christianisme. Dans son nouveau livre, Credo politique (Fidélité/Avant-propos), qui sort ces jours-ci, il change de registre pour s’interroger sur ce qui fonde, dans une société sécularisée, une civilisation humaniste.

Après les trente glorieuses (1945-1975), temps de forte croissance économique, dont le socle politique était le rejet du nazisme et les contraintes de la guerre froide, nos pays ont plongé dans les trente austères avec, pour maîtres mots, la crise et la rigueur budgétaire. A l’Etat providence a succédé l’économie financière mondialisée. Depuis les attentats du 11-Septembre et la crise des subprimes s’ouvre, selon de Beukelaer, une troisième période :  » Le cocktail entre mondialisation numérique et hypermédiatisation engendre la peur et le repli identitaire. En religion comme en politique, les fondamentalismes fleurissent. Le risque est que la peur de l’autre redevienne le moteur du contrat social. Tout l’héritage de la défaite des nazis pourrait être remis en question par des populismes qui surfent sur les humeurs les plus noires de l’électorat. D’où mon appel à une nouvelle « spiritualité citoyenne ». Tocqueville parlait, lui, de « religion civile », terme ambigu. La figure de Churchill rappelle que la démocratie se bâtit sur des citoyens forts, pas sur un consensus mou ou des carapaces dures.  »

OLIVIER ROGEAU

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