Entre indifférence et solidarité

Concilier notre soif de savoir ce qui se passe et conserver notre tranquillité d’âme, est-ce compatible ?

Etienne Thonnard, Waimes

Est-ce manquer de c£ur de distinguer, dans notre façon de regarder le monde tourner, la part des sentiments et celle de la raison. Les premiers, nous y tenons comme une façon propre de nous exprimer. Notre signature ! La seconde est fort décriée, telle une ouvrière habile, certes, mais encombrante, que l’on congédie dès que possible. Et si c’était le contraire ? A tout prendre, nos sentiments naissent de l’éducation, des façons de dire, du permis et de l’interdit, de la soupe médiatique qui nous cuit et recuit. Tout cela, nous est donné-imposé. En propre, nous n’avons que notre raison raisonnante. Aiguë ou maladroite, subtile ou primaire, elle est notre fait.

Le sentiment n’a qu’un terrain légitime, celui de nos bonheurs et de nos chagrins et, plus généralement des espoirs et des peurs qu’ils suscitent. Pour le reste, il dit tout d’une foi qui n’est ni bonne ni mauvaise, mais de travers.

La tranquillité d’âme est d’une double facture, faite d’indifférence ou d’une volonté de solidarité rationnelle. Si l’indifférence est à l’affaire, en quoi les malheurs du monde nous toucheraient-ils, sauf à faire incursion dans notre pré carré. La solidarité rationnelle, elle, met nos sentiments entre parenthèses. Notre inquiétude est de nature  » civique « . Elle ausculte le présent pour parer à l’avenir.

Encore faut-il jauger correctement l’événement. Il y a le terrorisme, la pollution, les inégalités. A chacun de compléter la liste. Nous en plaindre, trembler pour soi ou pour les autres ne sert personne. L’inquiétude détruit sans plus. Il faut aussi mesure garder. Horreur du temps présent, le terrorisme tue en aveugle des innocents. Hier, les guerres en faisaient autant avec des chiffres multipliés par des mille et par des millions. La peste au Moyen Age tuait parfois jusqu’à une personne sur deux. La pollution naturelle faisait mourir bien davantage que tous les tabacs et les gaz d’échappement de voitures.

Il ne s’agit pas de mettre à mal notre volonté de combattre les maux actuels, mais d’évaluer leurs causes, leur ampleur (véritable) et de s’entendre politiquement avec nos concitoyens pour agir ensemble. Rien de tout cela qui doive troubler notre âme. Au contraire, elle en renforcera la fermeté et l’entendement. Le vrai problème reste de savoir faire la part des choses, malgré le tapage médiatique. Le drame n’est pas qu’il y ait drame, mais d’imaginer le nôtre comme le pire de tous, comme le signe avéré de notre impuissance à le combattre.

le courrier de la raison par jean nousse

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