Encore quelques jours…

l Il y a encore un espoir. Si un missile tombe sur Saddam Hussein, si sa mort est annoncée, ses hommes se débanderont et les Américains pourraient, alors, s’assurer le contrôle de l’Irak. Ce serait bien provisoire, mais cette accalmie pourrait durer assez pour que les Britanniques rappellent leurs troupes et plaident, avec l’ensemble de l’Europe et du monde, le passage du pays sous tutelle de l’ONU.

Pour l’heure, les Etats-Unis se refusent à cette sortie. Tony Blair s’est fait éconduire lorsqu’il a tenté, la semaine dernière, de faire comprendre à George W. Bush qu’il faudrait, sitôt acquis l’effondrement irakien, passer le relais politique et militaire au Conseil de sécurité. L’élimination de Saddam Hussein pourrait même enivrer la Maison-Blanche, y susciter un regain d’illusions, mais, quelle que soit l’issue du bras de fer qui opposerait alors Américains et Européens, l’Europe, au moins, se retrouverait unie.

Ce serait le moins mauvais des scénarios. Paris et Londres pourraient se réconcilier. Jacques Chirac et Tony Blair ont commencé d’y travailler. Cette crise n’aurait finalement pas cassé l’Europe. L’Union sortirait, au contraire, renforcée de cette épreuve et pourrait contribuer, le jour venu, à réparer les dégâts causés par cette guerre. L’espoir, c’est une soudaine disparition de Saddam Hussein, mais, s’il continue d’échapper aux frappes américaines, si la guerre dure, on va û autant le savoir û à la catastrophe.

Plus les jours passeront sans que le régime de Saddam Hussein tombe, moins les Irakiens se risqueront à parier sur sa chute, plus la guerre durera, plus les bombardements feront de victimes dans la population civile et plus les Irakiens se sentiront collectivement agressés, envahis, meurtris par une puissance étrangère qui n’hésite pas à les sacrifier au nom de leur salut.

Ce n’est pas le pire. Encore quelques jours, et les Etats-Unis auront transformé un dictateur aux abois, haï de son peuple, haï des islamistes, haï des Iraniens, méprisé par la jeunesse arabe et largement ignoré du reste de l’Islam, en héros des pays arabo-musulmans, en champion d’un monde humilié par ses propres faiblesses. De Rabat à Jakarta, les manifestations se multiplient.

Partout, elles enflent. Partout, les prêches s’enflamment. Encore quelques jours, et les capitales arabes devront se démarquer de l’Amérique ou risquer de sérieux troubles, car Saddam Hussein force l’admiration de peuples assoiffés de fierté. De Palestine et d’Algérie, via la Syrie, des volontaires convergent déjà vers l’Irak. Il n’en faudrait qu’une poignée pour que des bombes vivantes répondent aux missiles et que soit entendu l’appel du vice-président irakien, Taha Yassine Ramadan, exhortant à s’en prendre  » par tous les moyens  » à l' » ennemi  » américain et britannique, quitte à le  » poursuivre jusque chez lui « .

Encore quelques jours de résistance irakienne, et une machine infernale se sera enclenchée û celle de cette guerre des civilisations contre laquelle Chirac et le pape, Michel et Schröder, avaient mis les Etats-Unis en garde. Lucidement mais vainement. l

De l’un de nos envoyés spéciaux

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