Ecoeurement

Ec£uré. L’Etat d’Israël a récemment exprimé son  » éc£urement  » face à l’attitude européenne. Le chef de la diplomatie irlandaise – son pays préside l’Union – avait dénoncé  » le mépris irresponsable  » pour la vie que l’armée israélienne a manifesté à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, qu’elle a transformé en champ de ruines.

L’heure est donc à l’éc£urement. Mais qu’Israël se rassure. Il n’est pas le seul. Tous ceux qui croient encore à certaines valeurs sont au moins aussi éc£urés. Ec£urés par le monde tel qu’il est, par la torture et la sale occupation de l’Irak, par les nouvelles opérations israéliennes à Gaza. Ec£urés par cette arme de destruction massive que l’on appelle l’humiliation. Ec£urés aussi par notre indifférence, notre incapacité de nantis – notre lâcheté – à descendre par centaines de milliers dans la rue pour dire stop à la barbarie.

Israël est aujourd’hui menacé par ses propres dirigeants, qui l’entraînent dans une spirale de destructions et d’autodestruction. Cette menace ne porte pas sur son existence : surarmé, doté du feu nucléaire, soutenu inconditionnellement par les Etats-Unis, Israël ne doit pas trembler pour sa survie. Pour ces raisons, mais aussi parce qu’aucun de ses voisins n’a fort heureusement les moyens de le détruire, parce que l’Egypte et la Jordanie ont signé la paix, et parce que la Ligue arabe a proposé la reconnaissance collective de l’Etat israélien dès que Jérusalem appliquerait enfin le droit international. Entre autres la Résolution 242 qui, depuis 1967, exige que l’Etat hébreu se retire des territoires occupés illégalement.

Quant aux terroristes islamistes, en dépit des immondes carnages qu’ils provoquent dans la société israélienne, ceux-là sont trop isolés pour la menacer : au contraire, ils renforcent la cohésion nationale.

En fait, l’Etat hébreu est devenu une composante essentielle de la région et il y a conquis sa place. Mais, à l’heure où Israël pourrait enfin choisir de vivre en paix û l’initiative de Genève est israélo-palestinienne… û, il opte pour la fuite en avant. Et la menace n’est plus extérieure, mais intérieure.

Le gouvernement Sharon mène une politique désastreuse, dont les évidentes répercussions économiques menacent la prospérité du pays. Cultiver la haine de l' » ennemi commun « , l’Arabe, permet de souder une nation morcelée, qui compte plus de cent nationalités d’origine, mais il s’agit d’une politique à très courte vue. Qui l’oblige à gouverner avec l’appui de l’extrême droite, ce qui, en Europe, susciterait un tollé. Le pire, c’est que tout cela donne à l’étranger une image de plus en plus désastreuse d’Israël, qui explique en grande partie l’inadmissible mais réelle remontée de l’antijudaïsme…

L’Etat hébreu est en train de gâcher l’immense potentiel de sympathie qu’il avait acquis dans l’opinion mondiale  » en faisant pousser des arbres dans le désert « , mais aussi parce qu’il avait instauré un véritable régime parlementaire dans une région guère productrice de démocraties. Dans un récent sondage commandé par le gouvernement français, 52 % des répondants ont jugé Israël non démocratique. Sans doute injuste, mais certainement dramatique.

La situation américaine autorise un parallèle tout aussi navrant. Voilà un pays auquel on peut reprocher beaucoup d’échecs, notamment sociaux, mais qui forçait le respect par une série de réussites sans égales. Bush est en train de massacrer l’Amérique et son image dans le monde avec une incompétence affligeante.

 » Rien n’est plus dangereux qu’une idée quand on n’a qu’une idée « , disait Alain. Bush et Sharon sont des monomaniaques obsessionnels qui vident le mot  » démocratie  » de son sens, alors que les nations qu’ils dirigent furent longtemps des exemples du genre. Au nom d’une sémantique qui doit plus aux textes bibliques qu’aux Constitutions fondatrices des sociétés démocratiques, les dirigeants américains et israéliens se moquent ouvertement du droit international, y compris humanitaire. Ils ne sont pas les seuls, et ce n’est pas Vladimir Poutine qui le démentira en Tchétchénie. Mais, en agissant de la sorte, ils amplifient un terrorisme qui était appelé au mieux à vivoter et redonnent vigueur à Al-Qaida, que les experts donnaient pour moribond au lendemain de la guerre d’Afghanistan.

Le plus fidèle allié de la haine anti-occidentale s’appelle George W. Bush, le plus puissant moteur de la fabrique à martyrs s’appelle Ariel Sharon.

Il n’y a pas, d’un côté, des anges et, de l’autre, des bourreaux. Mais il y a des forts et des faibles, des occupants et des occupés. Et une perdante majeure : la démocratie.

de Stéphane Renard Rédacteur en chef

Bush et Sharon vident le mot  » démocratie  » de son sens, alors que les nations qu’ils dirigent furent longtemps des exemples du genre

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content