E la nave va…

Christian Makarian

On ne trouvera pas grand monde parmi les intellectuels pour défendre Silvio Berlusconi. Mais est-il encore d’actualité de se dire pour ou contre le Cavaliere ? A 71 ans, il entame son troisième mandat avec une majorité parlementaire d’une ampleur inattendue ; si la législature se déroule sans encombre, il pourrait même profiter du record alors remporté – onze années de présidence du Conseil au total – pour briguer la présidence de la République et utiliser, qui sait ?, cette fonction d’arbitrage pour parachever sa mainmise absolue. C’est un ersatz de dessein, sans doute narcissique, ploutocratique ou démagogique, dans un pays qui n’en a plus. Un business plan en guise de grand projet, une super-combine en lieu de relance.

Tout ce que le magnat des médias italiens a pu accumuler de bouffonnerie, de muflerie, d’arrogance, de procédures judiciaires n’est pas parvenu à contrebalancer le mécontentement engendré par l’honnête tentative du  » professeur d’économie de centre gauche  » Romano Prodi. On n’emmène pas un peuple en réduisant le déficit budgétaire. D’autant plus que l’Italie est devenue, entre-temps, le premier pays d’Europe menacé par la récession : on prévoit 0,3 % de croissance pour 2008 et 2009, soit le taux le plus bas de toute l’Union européenne. S’il en faut encore, les deux symboles que constituent le naufrage d’Alitalia et les monceaux d’immondices de Naples suffiront. Méfions-nous des considérations sur la  » propension naturelle  » des Italiens à mépriser l’Etat, car le Cavaliere, sous ses dehors mercantiles, a fait du ressaisissement national son cheval de bataille. Berlusconi ne serait qu’un syndrome italien : E la nave vaà C’est oublier un peu vite que la France a porté Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002. Que l’Autriche a composé avec le populiste Jörg Haider, redoutable spécimen de démagogue. Que l’Allemagne, faute de majorité claire et nette, a dû improviser une Grosse Koalition toujours en place. Que la Belgique a attendu des mois un gouvernement…

L’anomie, concept forgé par Durkheim il y a plus d’un siècle pour décrire l’effacement des valeurs, menace toute démocratie dont le fonctionnement ne parvient plus à fixer des normes respectées par tous. Ce qui fait dépendre aujourd’hui Berlusconi de sa première promesse électorale : l’enlèvement des ordures ménagères de Naples.

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