Du rêve américain au cauchemar

La satire sociale se fait plus drôle que mordante dans Braqueurs amateurs, où Jim Carrey se confronte aux abus du capitalisme sauvage

L’exercice de la satire est chose salutaire. On ne le répétera jamais assez à l’heure où l’espace qui lui est accordé tend à se réduire sous diverses pressions religieuses ou politiques (voire à ce propos l’excellent Viva Zapatero ! de Sabina Guzzanti). Certes, combien de cinéastes en veine satirique ne viennent pas à la cheville du génial Stanley Kubrick, auteur du modèle absolu du genre, Docteur Folamour ( Dr. Strangelove) en 1963 ? Il n’en reste pas moins que l’humour critique et plus ou moins subversif est plus que jamais nécessaire aujourd’hui.

Réveil brutal

Dans ce contexte, et même s’il ne fera pas frémir exagérément les pouvoirs qu’il égratigne, Braqueurs amateurs ( Fun With Dick and Jane) se regarde avec un certain plaisir. Remake de Touche pas à mon gazon, film réalisé en 1977 par le Canadien Ted Kotcheff, il met en scène un couple qui croit vivre le rêve américain et connaît un réveil aussi soudain que brutal. Alors qu’il pense être assuré d’une promotion, Dick Harper (Jim Carrey) va, au contraire, se retrouver noyé dans le flot de la débâcle de la grosse compagnie qui l’employait. Celle-ci ferme brusquement boutique, non sans avoir  » mouillé  » malgré lui son employé modèle, fidèle et un tantinet naïf dans le scandale qui accompagne sa faillite. Son épouse Jane (Téa Leoni) ayant quitté son emploi, certaine du juteux avancement de son cher mari, les Harper vont rapidement passer de l’aisance besogneuse au chômage, au manque, puis à la délinquance de survie. Jusqu’au jour où, ayant touché le fond, le découragement cédera la place à la révolte. Et le couple de se mettre en tête de récupérer l’argent  » volé  » par l’ex-patron de Dick, un infâme profiteur joué avec une délectation perverse par Alec Baldwin…

A mi-chemin de la satire humaniste façon Frank Capra et de la loufoquerie cartoonesque manière Frank Tashlin, Braqueurs amateurs fait la part belle à l’inspiration burlesque de Jim Carrey, très physique dans son jeu alors que son prédécesseur du film original, George Segal, se régalait surtout de comique verbal et de situation. Téa Leoni n’a pas le charisme de Jane Fonda, dont elle reprend le rôle, et le réalisateur Dean Parisot se contente d’un filmage fonctionnel. Mais l’ensemble fait rire, tout en illustrant à sa façon les dérives d’une économie libérale débridée, comme des affaires, telle celle d’Enron, les ont tristement fait connaître dans la réalité. On eût bien évidemment souhaité que le film ait la dent plus dure, le trait plus acéré, une fin moins consensuelle. Un divertissement hollywoodien renouant avec la satire sociale n’en est pas moins toujours bon à prendre.

L.D.

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