Du djihad aux urnes

Candidat aux élections de l’Assemblée constituante, Abdelhakim Belhadj mène campagne tambour battant. Mais son passé de combattant islamique en fait un personnage controversé.

DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE

Dès qu’il prend la parole, le silence s’installe. Plus de trente minutes durant, Abdelhakim Belhadj retient l’attention de l’assistance réunie à Souk al-Jouma, le quartier de la capitale libyenne où il est né. Ancien commandant militaire de Tripoli et ex-djihadiste, parfois soupçonné d’être lié à Al-Qaeda, il a appris à soigner son apparence : non seulement il porte la barbe plus courte, mais il a troqué son treillis de camouflage pour un costume civil. A 46 ans, Belhadj est candidat aux élections législatives, le 7 juillet, et semble converti aux lois de la démocratie. Ce jour-là, moins de neuf mois après la mort de Muammar Kadhafi, l’ex-dictateur, les Libyens sont appelés à désigner les membres de la future Assemblée constituante.

A l’approche du scrutin, le premier du genre depuis plus de quarante ans, Belhadj ne lésine pas sur les moyens, au point que certains soupçonnent sa campagne d’être financée par le Qatar. La couleur mauve de son parti, El Watan (la Nation), a envahi les écrans de télévision, la corniche de Tripoli et les lampadaires des principales avenues. Reste à convaincre ses interlocuteurs de la sincérité de son mot d’ordre :  » Rassembler les Libyens « …

A la fin des années 1980, le jeune Belhadj s’est engagé aux côtés des Afghans contre l’occupant soviétique. De retour en Libye, il crée, en 1995, avec ses anciens compagnons d’armes, le Groupe islamique combattant en Libye (GICL). A plusieurs reprises, les moudjahidine tentent d’assassiner Kadhafi.  » J’ai combattu un régime injuste et répressif « , proclame volontiers le candidat, qui occulte la suite de son parcours. En Afghanistan, à la fin des an-nées 1990, puis au Pakistan et en Irak, il aurait noué des relations étroites avec des talibans et des leaders d’Al-Qaeda.

Devenu candidat, il a poli son discours.  » La charia [loi islamique] doit être la principale source d’inspiration de la Constitution, explique-t-il. Mais nous ne sommes pas favorables à un Etat islamique. Nous voulons construire une Libye forte, capable de se protéger de la menace d’Al-Qaeda. « 

Le 29 juin dernier, Abdelhakim Belhadj assistait à la première commémoration du  » massacre d’Abou Salim « , cette prison de Tripoli où plus d’un millier de prisonniers furent exécutés en 1996. Lui-même y a passé six ans, après son arrestation par la CIA en Asie du Sud-Est, en 2004, et son extradition en Libye. C’est là qu’il se serait converti à l’action politique :  » J’ai réalisé qu’une grande partie de la population se reconnaissait en moi « , affirme-t-il. En 2009, il confesse dans un document de 417 pages sa mauvaise interprétation de la loi islamique et s’engage à renoncer à la violence contre le régime. Un repentir récompensé par une amnistie l’année suivante, dans le cadre du programme de  » dialogue et de réintégration  » lancé par Saïf al-Islam Kadhafi, le fils prodigue de l’ex-Guide libyen. Ce qui ne l’a pas empêché de reprendre les armes, l’année dernière, lors du soulèvement contre la dictature, pour conduire les révolutionnaires de l’ouest jusqu’à Tripoli.

Qu’est-ce qui fait courir Abdelhakim Belhadj ? Le mystère reste entier.  » Il rêve de construire une Libye démocratique « , assure Mohamed Ghoula, porte-parole d’El Watan. D’autres le soupçonnent d’être animé par l’esprit de revanche : ils voient sa main dans l’assassinat, en juillet 2011, d’Abdel Fatah Younès, qui fut ministre de l’Intérieur de Kadhafi avant de rejoindre l’insurrection. Dans les années 1990, c’est Younès, justement, qui avait mené la lutte contre le GICL.

CAMILLE LE TALLEC

A la fin des années 1980, il luttait avec les Afghans contre les Soviétiques

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