Drôle de genre

Les jeunes cinéastes français ont retrouvé le goût du film de genre. Mais, entre adhésion aux standards américains et originalité à tout prix, ils restent peu à l’aise… Preuve avec, entre autres, Les Rivières pourpres 2

A l’exception de la comédie, domaine, il est vrai, populaire dans le monde entier, les genres cinématographiques ont rarement trouvé en France un terreau de production et de créativité, contrairement à d’autres hauts lieux comme les Etats-Unis. Le thriller, le fantastique, la science-fiction n’ont que peu souvent et plutôt mal inspiré les réalisateurs français. Seul le polar, plus ou moins  » noir « , se sera trouvé en un Jean-Pierre Melville le chantre éloquent que son potentiel méritait.

Depuis quelques années, une génération nouvelle s’est mise en tête de faire changer les choses. Elevés au contact des films américains et prêts à y puiser librement sans rien renier de leur  » frenchitude « , de jeunes metteurs en scène se sont lancés dans des projets de genre, incluant, par exemple, le thriller et le fantastique. Trois films appelés à sortir presque simultanément ( Blueberry, d’ores et déjà à l’affiche, Les Rivières pourpres, qui paraît cette semaine, et Gothika, prévu le 10 mars) fournissent autant d’exemples de cette nouvelle donne. Chacun, à sa manière, souligne les contours du phénomène, et aussi ses limites…

Les deux figures centrales dudit phénomène sont sans conteste le très doué Mathieu Kassovitz et l’entreprenant Luc Besson, un peu plus âgé et  » parrain  » putatif de la nouvelle génération. Les chemins du réalisateur de La Haine et de celui du Grand Bleu se croisent aujourd’hui… en leur absence, puisque Besson a écrit scénario et dialogues des Rivières pourpres 2, la suite du grand succès public d’un Kassovitz qui n’a plus rien à y voir, alors que ce dernier était de son côté parti à Hollywood pour réaliser Gothika. Etrangement, les deux films affichent des qualités proches, et les mêmes défauts. Tant Kassovitz qu’Olivier Dahan, choisi pour lui succéder dans la saga des Rivières pourpres, manifestent une évidente aptitude à mener une action trépidante, à jouer sans retenue la carte du thriller horrifique, faisant ainsi fonctionner la (coûteuse) machinerie mise à leur disposition. L’un comme l’autre se heurtent par ailleurs à la pauvreté d’un scénario simpliste, trop conventionnel et prévisible jusque dans ses audaces présumées. Attendue dans le cas d’un Dahan,  » drivé  » de près par le camarade Besson, cette déception dans le fond, sinon dans la forme (efficace), est plus surprenante dans le cas de Kassovitz, qui signe sans doute son film le moins intéressant à ce jour. Comme quoi, lorsqu’on se pique de cinéma de genre et qu’on veut en même temps y laisser sa marque personnelle, délaisser le propos au seul bénéfice du style n’est pas une si bonne idée que ça !

Jan Kounen doit en être convaincu, lui qui s’efforce d’imposer sa marque à chaque plan de ses films, avec cette irritante obstination qu’ont certains chiens à faire pipi partout pour bien signaler aux autres qu’ils sont  » chez eux « . En transformant son adaptation de la BD western Blueberry en  » trip  » hallucinogène abscons, l’ami Kounen n’a oublié qu’une chose, mais de taille : dans le cinéma de genre, beaucoup peut être pardonné, mais pas l’ennui…

L.D.

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