Drapeau vert sur l’immobilier côtier

L’immobilier à la côte est plus abordable qu’avant. Les prix n’ont pas drastiquement baissé, mais se sont essoufflés. L’offre est importante. Et les francophones absolument pas bannis.

En 2009, le littoral belge a vu près de 23,4 millions de vacanciers – dont un cinquième de Belges francophones – arpenter sa digue en tous sens. Si la Belgique est pauvre en côte, avec ses maigres 66 kilomètres de plage, elle a, en revanche, su en tirer le meilleur. Du moins en termes économiques : chaque mètre carré est exploité au maximum, parfois outrancièrement, et les 150 000 secondes résidences que compte le parc immobilier côtier forment un terrain de jeu en or pour les agences.

Face à un tel tableau, d’aucuns pourraient penser que la côte belge a traversé les crises économique et politique sans se mouiller, maintenant un cap sûr alors que tous sombraient autour d’elle, les banques en premier. La vérité – lyrisme en moins – n’en est pas très éloignée. La crise n’a pas eu pour conséquence de faire baisser drastiquement les prix, mais a limité ses effets au nombre de transactions : les ventes de villas et d’appartements ont progressé au ralenti, jusqu’à être suspendues par périodes. Un phénomène que les experts interprètent en avançant deux hypothèses : la peur de vendre, conditionnée par l’insécurité financière ambiante (les propriétaires ont préféré rester assis sur leurs briques plutôt que de faire un mauvais placement) ; la peur d’acheter (et de s’engager dans un prêt aux conditions précaires). Résultat ? L’offre s’est raréfiée, constituant ainsi un  » stock  » qui se déploie aujourd’hui sur le marché.

Autre scénario, proposé par les courtiers des communes fort fréquentées par des francophones, telles La Panne et Coxyde : la crise communautaire. Les Wallons se montreraient moins assidus que d’habitude, craignant peut-être d’être mal reçus. Une paranoïa alimentée par des buzz médiatiques issus de la mauvaise interprétation d’un décret régional flamand et dont le scandale a éclaboussé le marché côtier. Il y a un an, un couple francophone s’est vu refuser une acquisition – malgré un compromis signé en bonne et due forme – pour ce que tous ont cru être un problème linguistique.  » Ce n’était absolument pas le cas, insiste Jan Jassogne, porte-parole de la CIB-Côte (Confédération des immobiliers de Belgique). Des Flamands ont aussi été recalés.  » A l’origine, le choix de destiner les projets inscrits dans les zones de réserve de terrains à bâtir d’une soixantaine de communes de la Région plus soumises aux aléas de l’offre et de la demande aux seuls habitants de la commune, à ceux qui y sont actifs (emplois, associations sportives, culturelles…).  » Ce décret a été mal appliqué, ajoute l’expert. La règle ne devait toucher que les nouveaux lotissements, pas les anciens. Ce qui a valu une dizaine de refus inappropriés. Entre-temps, le décret a été amendé. « 

Par contre, le marché risque bel et bien de buter sur un autre caillou : depuis le 1er janvier 2011, et comme partout en Belgique, la vente couplée d’un immeuble neuf et de son terrain est globalement soumise à une TVA de 21 %, alors que, précédemment, le terrain pouvait profiter de droits d’enregistrement limités à 10 %. Le neuf concurrence d’autant moins l’ancien, qui se plie aux seuls droits d’enregistrement. Certains promoteurs ont déjà trouvé la parade (créer deux sociétés différentes, l’une traitant la vente du bien, l’autre celle du terrain), mais le mal est fait…

FRÉDÉRIQUE MASQUELIER

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