Doutes et certitudes

Comment concilier le besoin de certitude et la nécessité du doute ?

Alain Laraby, Paris Peu de choses dans le quotidien de l’être humain sont autant liés que la certitude et le doute. Non pas qu’il s’agisse de produire une sorte d’équilibre entre ces deux manières de regarder-penser le monde, mais parce qu’ils interfèrent continuellement, parce qu’ils s’engendrent du seul fait de leur existence. Il n’y a pas une certitude qui ne vienne d’un doute antérieur, ni davantage un doute qui ne se convertisse en certitude… par l’effet de leur nature.

Toute certitude demande à être approfondie, non pas que de prime abord elle suscite l’inquiétude û sinon en quoi serait-elle dite certitude ? û mais parce que, explorée de fond en comble, elle laisse apparaître une obscurité, un motif de doute. Semblablement, ce dernier, si fortement développé qu’il soit à propos d’une situation ou de l’explication d’un phénomène, laisse se (re)constituer des pans de certitude.

Ainsi, si je doute consciencieusement de la justice, je déboucherai sur une représentation du monde où l’injustice, la perfidie, le chacun pour soi finiront par me forger une certitude : la réalité de l’injustice. De leur côté, les scientifiques ancrés dans des certitudes, résultats de recherches antérieures, décèleront dans l’usage qu’ils en font des éléments non conformes auxdites certitudes. Le chercheur n’est-il pas précisément celui qui est apte, sans états d’âme, à passer de la certitude au doute, et inversement ? Il sait que c’est la condition d’un travail fructueux.

Ajoutons que certitude et doute ne valent que par leur caractère provisoire et partiel. Comment imaginer un monde qui ne serait que certitude ? Il serait immobile et dépourvu d’intérêt. Tout serait dit. Rien ne pourrait troubler l’écoulement prévisible du temps et des événements. Tout aussi inconcevable serait un univers converti au seul doute. Ici aussi tout serait dit, mais pour une raison inverse. Rien ne serait prévisible, jusqu’à ma propre identité. Réalité et illusion seraient également perverties. Et ces deux mots, eux-mêmes objets de doute, enlèveraient tout sens à notre représentation.

Dernière remarque, il importe peu qu’un individu soit armé de certitudes ou de doutes infinis, seules comptent leurs proportions respectives dans une société donnée. Une trop grande certitude rend celle-ci conquérante, impitoyable et incapable de saisir les rapports de force dans leur perpétuelle mutation. Par contre, une collectivité, habitée massivement par le doute, n’est plus en mesure de se défendre, d’être elle-même. Elle n’est pas ouverte, elle est offerte.

Jean Nousse

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