Dix ans autour du monde

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

Le Botanique rend hommage au parcours étonnant de Bruno Stevens, grande figure du photojournalisme en Belgique. Un tour des convulsions de la planète en 300 photos.

Qui n’a jamais eu, un jour, l’envie de prendre son destin en main ? A 39 ans, Bruno Stevens est passé à l’acte : il a abandonné son métier d’ingénieur du son dans le domaine musical pour devenir, à l’été 1998, photojournaliste.  » Etre utile aux autres était devenu, pour moi, un impératif, confie-t-il. J’avais l’impression, à cet âge-là, qu’il ne me restait plus tellement de temps pour aller à l’essentiel. Le photoreportage allait me permettre de ne plus tourner le dos aux valeurs humaines dont je me réclamais à l’adolescence.  » Dix ans plus tard, le photographe belge, devenu l’une des personnalités les plus en vue d’un métier exigeant, déjà récompensé par de nombreux prix, présente au Botanique sa première rétrospective : une sélection de clichés pris au fil des dizaines de reportages réalisés aux quatre coins de la planète.

Cette  » compil « , un choix de plus de 300 photos de formats divers, est structurée par thèmes : les guerres (Kosovo, Tchétchénie, Palestine, Liban, Darfour), les bouleversements sociaux (Haïti, Cuba, Inde, Congo, Rwanda…), les désastres naturels (tsunami au Sri Lanka, tremblement de terre au Cachemire…), les grandes questions de santé (tuberculose, choléra, sida, malnutrition, séquelles de l’  » agent orange  » au Cambodge et au Laos…).  » C’est un état des lieux, un livre d’histoire au présent, explique Stevens. J’ai eu le triste privilège d’assister à la plupart des convulsions qui ont secoué le monde ces dix dernières années. Mais j’ai essayé d’éviter les crises ponctuelles pour privilégier celles qui relèvent de l’Histoire avec un grand H. « 

Fil rouge de sa démarche ? Raconter, sans outrances ni recherche du spectaculaire, les conflits et désastres à travers les populations touchées par les événements et qui n’ont pas prise sur eux.  » J’ai surtout ressenti cela parmi les Palestiniens, si peu maîtres de leur destin, raconte-t-il. Je me suis découvert aussi une forte attirance pour l’Iran, où j’ai réalisé mes derniers reportages, en mars-avril et septembre-octobre 2007. J’ai reçu, dans ce pays où la vie est nettement moins dure qu’en Irak et dans d’autres pays voisins, un accueil formidable de la population. « 

Bruno Stevens a connu l’enfer de Grozny, en décembre 1999. L’armée russe a bombardé le groupe de rebelles tchétchènes avec lequel il se déplaçait dans les montagnes. En octobre 2000, il a été la cible d’un sniper à Ramallah, en Cisjordanie. Sa voiture s’est fait  » allumer  » par un tank israélien au Sud-Liban, en 2006. Au Kosovo, il a été arrêté par les Serbes, en juin 1999. En Irak, en 2003, il a plusieurs fois risqué sa vie… Mais le photographe belge rejette l’image de baroudeur ou de trompe-la-mort qu’on pourrait lui coller. Il espère surtout que ses photos, en attirant l’attention sur une crise, contribuent à nourrir un affamé, à réconforter un malheureux, à rendre le sourire à un enfant.  » Mon photoreportage sur les réfugiés du Darfour, publié dans le magazine américain Newsweek en 2004, semble avoir été l’élément qui a sensibilisé le Sénat américain et quelques ONG à ce drame, note-t-il. Là, on se sent vraiment utile.  »

L’Histoire au présent, au Botanique, 236, rue Royale, à Bruxelles. Du 14 mars au 4 mai. Tél. : 02 218 37 32 ; www.botanique.be

Olivier Rogeau

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content