Difficile sortie de prison…

Le prix de la Citoyenneté 2010 est l’occasion de pousser les portes de prisons pour s’intéresser à ce qui se fait de mieux pour la réinsertion des détenus. Reportage.

Lorsqu’un détenu retourne à l’air libre, il a souvent l’impression de tomber dans une autre prison. Plus pernicieuse. Celle de la société, qui a évolué pendant ses années d’incarcération et dans laquelle il ne parvient pas à se réinsérer. Près de 75 % de la population carcérale n’a pas dépassé le niveau d’études primaires. Sans parler des stigmates du casier judiciaire, c’est dire les chances réduites, une fois libre, de trouver un travail. Le prix de la Citoyenneté, décerné par la fondation P&V, réunit, cette année, un homme et une femme qui, chacun de son côté, s’est investi tout entier dans cette difficile mission de réinsertion.

Il y a près de trente ans, Jacqueline Rousseau, sociologue de formation, a fondé l’association Adeppi, avec quelques enseignants, pour donner l’opportunité aux détenus de se former en prison. Aujourd’hui, 35 profs d’Addepi enseignent le français, l’informatique, le néerlandais parfois ou même la gestion d’entreprise, dans 11 établissements pénitentiaires du sud du pays. Une performance quand on sait les difficultés vécues par Jacqueline Rousseau pour s’imposer dans le milieu carcéral.  » Les mentalités ont heureusement évolué, se réjouit-elle. Mais l’illettrisme reste important en prison où la population s’est rajeunie, avec un bagage scolaire encore plus bas qu’auparavant.  » Beaucoup n’ont jamais eu accès à un emploi avant leur détention. La prison est parfois leur seule opportunité de bénéficier d’une formation professionnelle…

Guido Verschueren dirige la prison de Louvain, depuis 1979. Ce directeur atypique habite, avec sa famille, au sein même de l’établissement pénitentiaire. Il se fait fort de rendre dignes les conditions de détention des condamnés qui, à Louvain, purgent de longues peines, parfois à perpète. De nombreux meurtriers y sont enfermés. Les contraintes sécuritaires sont néanmoins souples : Verschueren pratique une politique  » portes ouvertes  » qui permet aux détenus de circuler librement dans leur aile pendant la journée. Résultat : peu de tension perceptible dans cette prison de cent cinquante ans et, lors de conflits, il arrive que des détenus prennent le parti des gardiens… Les pensionnaires louvanistes bénéficient aussi d’un large éventail d’activités sportives et culturelles. Chaque année, ils montent une pièce de théâtre avec des professionnels du spectacle.

TEXTE : THIERRY DENOËL

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