Di Rupo dans la mouise

Un secrétaire d’Etat fédéral – le socialiste Frédéric Laloux – est perdu

dans les marécages. Son patron, Elio Di Rupo, s’en mord les doigts.

Philippe Moureaux, n°2 du PS, tire à boulets rouges. Le feu couve.

La direction du PS paie ses hésitations face aux affaires d’abus de pouvoir.

Le PS a une réputation d’ingratitude à l’égard de ses présidents en fin de règne. Elio Di Rupo échappait à cela : il a été réélu pour la troisième fois en juillet, malgré la défaite électorale du 10 juin, et les critiques à son sujet restaient voilées ou émanaient d’un quarteron de barons frustrés. Mais le danger se précise. Dans Le Soir du 15 avril, le socialiste Philippe Moureaux flingue son président. En résumé, le PS n’a pas de  » ligne claire  » et Di Rupo se contente de  » choix frileux  » dans la gestion des affaires qui le secouent depuis près de trois ans. Or ces affaires pèsent lourd, dit Moureaux. Elles expliqueraient à elles seules la dégelée de juin. Ce n’est pas rien : Philippe Moureaux est le vice-président du PS, le négociateur en chef du parti pour la réforme de l’Etat, le patron à Bruxelles et, accessoirement, le mentor de Laurette Onkelinx… qui n’est pas venue au secours de Di Rupo. Seuls les ministres Rudy Demotte et Paul Magnette ont bondi pour contredire Moureaux sur la forme. Ce dernier aurait-il clamé haut et fort ce que le parti pense tout bas ?

C’est un petit secrétaire d’Etat qui a causé le tremblement de terre ( lire son portrait p. 22). La nomination du Namurois Frédéric Laloux est tombée comme un cheveu dans la soupe. Charleroi est encore dans toutes les mémoires, Huy entre en ébullition, et voilà que Di Rupo, en solo, parachute au gouvernement fédéral un (ex)-échevin mal dégrossi, peu préparé à la fonction (la lutte contre la pauvreté) et éclaboussé illico par une affaire de cartes d’essence. Une moitié du parti crie à l’erreur de casting, l’autre regrette la maladresse présidentielle : Elio Di Rupo n’a même pas rencontré Laloux avant de le nommer ; il ne le connaissait pas vraiment et il ne s’est pas méfié de sa proximité avec son  » parrain  » Bernard Anselme, inculpé dans une affaire politico-immobilière. Demotte fait du bon boulot à la direction du gouvernement wallon (fonction qu’il occupe aussi en Communauté française, depuis la fin mars), Magnette fait de l’ombre à Ecolo en vendant son printemps de l’environnement. Et la presse n’a d’yeux que pour Laloux…

Mais le malaise est plus vaste. Depuis 2005, les hésitations, les demi-mesures du président Di Rupo agacent de nombreux socialistes. De la confiance à Jacques Van Gompel, alors bourgmestre de Charleroi, au printemps 2006, au laisser-faire accompagnant les frasques d’Anne-Marie Lizin, maire de Huy, deux ans plus tard, Di Rupo reste tétanisé par la peur de perdre des voix. Eviter les incidents, pour étouffer toute dissidence. Pareille stratégie démontre aujourd’hui ses limites. Les scores électoraux ont été mauvais pour la deuxième fois, les sondages annoncent pire aux régionales de 2009 et les dissidents pointent le bout du nez : sortis du bois à Huy (des anti-Lizin) ; toujours dans le maquis à Charleroi (des anti-Di Rupo). Sans compter les  » régionalistes  » qui contestent en vrac Di Rupo comme Demotte, son nouveau joker.

Bref, Elio Di Rupo a la scoumoune. Les belles semaines où il est apparu en sauveur de la Nation sont déjà oubliées. Croit-il détenir  » la  » solution à un problème récurrent ? Un autre apparaît sur le champ. Quand le président surcharge le néophyte Magnette, étincelant, mais ballotté de Namur à Bruxelles… alors qu’il est censé pacifier Charleroi. Ou quand Di Rupo encourage si timidement Philippe Courard, ministre wallon des Affaires intérieures, à enseigner la bonne gouvernance. Embarrassé par le  » cas Lizin « , jouant les Ponce Pilate en transmettant son dossier à la justice, Courard serait-il en train de brouiller son image ? Lui a-t-on demandé de la jouer piano ? L’usure du temps pourrait faire d’autres dégâts encore. A chaque mandataire public pincé pour une broutille ou une vraie entorse à l’éthique, le PS, tellement omniprésent dans l’Etat wallon, craindra à l’avenir d’y reconnaître un autre des siens. Tel ce Laloux, vestige d’un passé mal assumé.

Philippe Engels

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