Détache-moi !

Les relations mère-fille, croquées en une série d’histoires féroces : Claire Castillon fait mouche

Insecte, par Claire Castillon. Fayard, 162 p.

Pas si folle, la guêpe ! Son recueil de nouvelles – intitulé Insecte – a beau mettre en scène des personnages tous plus dingues les uns que les autres, Claire Castillon, elle, n’a jamais vraiment perdu le nord. A 30 ans et en cinq livres inégaux, cette romancière à la mine d’ange et à la prose de démon a su comme personne tirer sur la ficelle médiatique pour sortir de l’anonymat. Longtemps maîtresse d’un célèbre présentateur de télévision français, puis prêtresse d’un programme érotique sur le câble, cette habituée des rubriques people aurait presque fini par nous faire oublier que derrière ses postures il y avait une fêlure. Et de l’honnête littérature, ainsi que le confirme ce recueil d’une vingtaine de textes courts, comme autant de contes cruels dédiés aux relations mère-fille.

Déjà, dans Pourquoi tu ne m’aimes pas ? ou Vous parler d’elle, l’auteur passait en revue les horreurs domestiques, ces inextricables relations familiales tissées à la manière de toiles d’araignée, de pièges à sentiments et ressentiments. Mais, là, Castillon se déchaîne. Et sa galerie de portraits, semblant tout droit sortie d’une rubrique de faits divers, fait mouche. Une mère tente de devenir la meilleure amie de sa fille, une autre gave la sienne de médicaments, une autre encore cherche à la transformer en semi-putain, tandis qu’une dernière veut se débarrasser d’une de ses jumelles sur le périphérique. Et les filles ne valent guère mieux : quand elles n’insultent pas leur mère ou ne l’humilient pas, elles en ont honte, allant elles aussi, parfois, jusqu’à tuer.

Le lecteur devrait être accablé face à tant d’ignominies ou bien hurler à la caricature. Or le contraire se produit. Ecrivant serré et visant juste, Castillon n’hésite pas à user du registre loufoque (un combat de catch féminin dans un océan de choucroute, un suicide par suppositoire !) pour illustrer, dans toute leur complexité et leur trivialité, ces déviations de l’amour toujours taboues. Un univers et un ton qui rappellent – sans les égaler – ceux de Régis Jauffret, prix Femina 2005 pour l’excellent Asiles de fous.

Reste maintenant à savoir ce que pense de tout cela la mère de Claire Castillon, à qui est dédicacé le livre. Encore un cadeau empoisonné ? l Olivier Le Naire

Olivier Le Naire

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