Des peupliers OGM dans nos campagnes ?

En Wallonie comme en Flandre, les autorités se démènent pour décourager la culture à ciel ouvert d’espèces génétiquement modifiées.

On saura, dans quelques semaines, si les premiers organismes génétiquement modifiés (OGM) auront droit de cité dans les campagnes belges. L’Institut flamand interuniversitaire pour la biotechnologie (VIB) a introduit une demande auprès du Conseil de biosécurité afin de pratiquer la culture à ciel ouvert, à titre expérimental, d’une variété de peupliers modifiés génétiquement. L’avantage : ces arbres produiraient moins de lignine. Plus souples, ils pourraient donc fournir une matière ligneuse d’un usage plus aisé lors de la fabrication de bioéthanol.

A priori, la proposition du VIB est séduisante à plus d’un titre. Depuis dix ans, elle est mise en pratique en France et en Espagne, sans problèmes notoires. Elle a l’avantage de ne pas faire appel à des gènes extérieurs à l’espèce  » peuplier « . Elle ne pose aucun problème pour la santé humaine ni animale. Enfin, et surtout, elle s’inscrit dans l’air du temps : le prix des carburants fossiles ne crève-t-il pas tous les plafonds ?

Une indispensable évaluation des risques

Mais voilà : p our ce qui concerne ses effets sur l’environnement, le dossier est moins clair.  » La culture expérimentale à ciel ouvert ne donnera probablement pas lieu à des problèmes, assure Philippe Baret, professeur de biologie végétale à l’UCL et membre du Conseil de biosécurité. Toutefois, dans le cas d’une culture à vaste échelle, il ne sera plus possible de couper systématiquement les fleurs avant la floraison ni les rejets des arbres, pour éviter toute dissémination. Le risque de voir les transgènes se répandre dans l’environnement doit donc être évalué avec soin. « 

La finalité énergétique des peupliers OGM n’est-elle qu’une façade ? Au départ, l’objectif de telles cultures, en France, consistait à augmenter la rentabilité des usines de pâte à papier. Ce fut toutefois un échec commercial. Le secteur papetier avait entre-temps remplacé des essences comme le peuplier par l’eucalyptus. De là à croire que la demande introduite en Belgique profite habilement de la flambée du pétrole pour se parer d’atouts énergétiques et écologiques, il n’y a qu’un pas.

Ce dossier illustre pourtant, une fois de plus, la richesse et la complexité du débat autour des OGM : pour alimenter des usines (de pâte à papier et de bioéthanol), n’est-il pas plus sensé de recourir à des matières premières locales plutôt qu’à des matières importées par bateaux entiers de contrées lointaines à un prix écologique élevé ?

Si les scientifiques du Conseil de biosécurité sont rassurés, ils accorderont peut-être leur feu vert aux peupliers transgéniques. Mais tous les obstacles n’en seraient pas levés pour autant. En effet, à l’instar de la Wallonie, la Flandre (où seraient cultivés ces arbres d’un genre nouveau) prépare un train de réglementations très contraignantes, parmi les plus dures en vigueur en Europe. Celles-ci rendraient pratiquement impossible, tant en agriculture qu’en sylviculture, la coexistence entre une espèce et ses homologues génétiquement modifiées. Mais, avant d’entrer pleinement en vigueur, ces nouvelles dispositions devront passer sous les fourches caudines du Conseil d’Etat et de la Commission européenne. Or celle-ci n’accorde que du bout des lèvres l’autorisation aux Etats membres (donc, chez nous, aux Régions) de refuser les OGM sur leurs territoires respectifs. C’est que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) veille au sacro-saint principe de la libre circulation des biens. Même trans- géniques. l

Ph.L.

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