Des millions électriques

Passe d’armes entre le gouvernement belge et le patron du géant GDF Suez à propos des millions qui sont réclamés à Electrabel. Vache à lait, mouton noir à cinq pattes ou paria ? La société qui domine l’énergie belge négocie à la dure et ses manouvres irritent beaucoup de monde.

Le Premier ministre Van Rompuy (CD&V) était fier, l’autre jeudi après-midi, de présenter au Parlement les choix budgétaires de son gouvernement pour les deux prochaines années. Un budget apparaissant comme indolore pour la population, car les banques, les assurances et les électriciens en sont les principaux contributeurs. Le banc gouvernemental était content de lui. Mais l’ambiance du Parlement est subitement plombée par une nouvelle en provenance de Paris. Le patron de GDF Suez, propriétaire d’Electrabel, fait savoir qu’il ne versera pas les écots qui lui sont réclamés, du moins pas les 500 millions d’euros budgétisés pour l’exercice 2009. Branle-bas de combat, incident diplomatique. On évoque l’irrespect de la compagnie française pour le pays, le nôtre, avec lequel elle a négocié. Le ministre de l’Energie Paul Magnette (PS) est irrité. C’est lui qui, une semaine auparavant, avait offert aux électriciens un beau  » cadeau  » en décidant de prolonger de dix ans la durée de vie de trois de nos sept centrales nucléaires. Qui, ipso facto, rapporterait à ses propriétaires une  » rente  » de 1 milliard d’euros entre 2015 et 2025. Le gouvernement prévoit, là, de ponctionner, de 215 à 245 millions d’euros par an. En vertu d’un accord négocié avec Gérard Mestrallet lui-même. Le  » niet  » de celui-ci indispose d’autant plus le gouvernement que ses projets pour les années 2010 et suivantes autoriseraient  » l’oubli  » de la facture Electrabel pour 2009, qui est constituée d’une taxe de 250 millions et d’un investissement d’autant dans un fonds de développement des énergies renouvelables. Peut-être Van Rompuy Ier anticipe-t-il sur le résultat de l’action judiciaire menée par Electrabel contre la taxe de 2008, pourtant déjà payée par Electrabel ( lire page 36).

Suez conteste, devant la Cour constitutionnelle, cette première taxe de 250 millions d’euros imposée au nucléaire. Pour deux motifs : le montant de la contribution financière, trop élevée selon Suez, et son caractère discriminatoire, puisqu’elle n’est réclamée qu’au seul secteur nucléaire.  » On veut récupérer notre argent « , lâche Guy Dellicour, porte-parole de l’énergéticien. Cette taxe nucléaire, surtout, c’est le boulet de Gérard Mestrallet qui est, partout dans le monde,  » charrié  » à ce sujet. Ce qui l’agace au plus haut point. Alors l’autre jeudi, il n’a pas résisté… A la question d’un journaliste belge, il a répondu :  » Ce ne sera pas 500 millions d’euros mais zéro !  » Car, depuis des semaines, en privé, Gérard Mestrallet ronge son frein, rumine, ressasse. Et il a la rancune tenace. Selon lui, ces 500 millions d’euros représenteraient  » pratiquement tout le bénéfice de l’entreprise en Belgique « , qui se chiffrerait à 600 millions d’euros par an. Bref, ça suffit :  » GDF Suez ne fera pas du business à perte en Belgique « , poursuit Guy Dellicour qui insiste aussi sur le fait que le prolongement de la vie des réacteurs nécessitera des investissements pour 800 millions d’euros.

La riposte belge, elle, ne s’est pas fait attendre : l’énergéticien a été  » sommé de signer un accord pour le jeudi 22 octobre  » (pour permettre au Premier ministre de répondre à l’opposition parlementaire), ou la Belgique  » imposera ce paiement par des mécanismes « , y compris pour les 500 millions d’euros de 2009. La sortie de Mestrallet aura, in fine, durci la position du gouvernement belge.

S.G. et P.S.

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