Des dinos sous les pieds

Ils sont là, quelque part sous nos pieds, vestiges d’une époque qui remonte à près de 100 millions d’années. Depuis le 26 novembre, on sait avec une certitude presque totale que le sous-sol belge recèle encore la présence de dinosaures. Où cela? A Bernissart, évidemment, à l’endroit même où, en mars 1878, un mineur hennuyer découvrait par hasard les traces de ce qui allait devenir l’un des sites paléontologiques les plus célèbres du monde et… une fierté nationale (29 squelettes d’iguanodons mis au jour et, dans la foulée, des milliers de fossiles de poissons, tortues, reptiles, végétaux, etc.).

Combien sont-ils? Mystère. Mais les scientifiques de la Faculté polytechnique de Mons et de l’Institut des sciences naturelles sont optimistes. Quatre points de forage sont prévus dans leur programme de recherche, mis au point après des années d’efforts pour récolter les fonds nécessaires. Or la découverte d’il y a quelques jours est le produit d’un seul forage, celui dont on n’attendait pas forcément le plus de résultats. Les semaines qui viennent promettent donc d’être palpitantes à bien des égards.

Extérieurement, leur découverte n’est pourtant pas spectaculaire. Les « carottes », extraites à une profondeur de 296 et de 309 mètres, se présentent comme des résidus plus ou moins cylindriques d’argile durcie. Elles sont noirâtres et criblées de petites cavités. Comme Jules Créteur, le mineur d’il y a cent vingt-quatre ans, les experts y ont d’abord trouvé un indice intéressant: de la pyrite, un minerai jaune pâle. Mais eux ne l’ont pas pris pour de l’or… Puis ils y ont décelé des phosphates: le signe d’une présence de matières organiques. Enfin, la comparaison de leur trouvaille avec un échantillon du XIXe siècle, précieusement conservé dans les collections zoologiques, a confirmé leurs espoirs: il s’agit bien d’un fossile de dinosaure!

Rêves fous

« C’est une réussite totale, commente Jean-Pierre Tshibangu, le maître d’oeuvre de la recherche. Mais les travaux paléontologiques ne font que commencer. Il y en a pour des années. » En fait de travaux, on peut véritablement parler d’une aventure. Seuls les Allemands l’avaient entamée, pendant la Première Guerre mondiale, mais elle fut vite abandonnée: mal préparée, cette prospection fut, aussi, freinée par la Résistance, puis… par l’armistice. A court terme, les trois autres forages et l’utilisation d’un tomographe (un appareillage qui permet de « scanner » le sol) donneront une sorte de photographie des lieux en trois dimensions. Au stade actuel, on sait déjà que les fossiles reposent dans la partie inférieure d’une couche d’argile épaisse de 50 mètres. Il s’agit d’argile « wealdienne », vieille d’environ 125 millions d’années.

Si le nombre d’animaux est élevé, les rêves les plus fous pourraient prendre corps. On pourrait, alors, entamer une vraie fouille afin d’exhumer les animaux. « Restons réalistes, prévient toutefois Christian Dupuis, directeur du service de géologie à la Faculté polytechnique. Cela reviendrait à ouvrir une mine! » Il y a treize ans, une évaluation prudente avait estimé le coût d’une telle entreprise à… 25 millions d’euros! Qui, dans le secteur privé, accepterait de s’allier aux pouvoirs publics? Certains se souviennent, néanmoins, que des musées étrangers avaient manifesté leur intérêt, à l’époque, pour la possession d’un dinosaure dans leurs collections. Dans ce cas, la valorisation du site de Bernissart (aujourd’hui, un terril et quelques prairies, dont le sous-sol ne bénéficie d’aucune protection particulière) pourrait enfin démarrer…

Même si un tel projet ne se concrétise jamais, l’avenir s’annonce prometteur. « Nous allons étudier la composition minéralogique de la roche extraite, chercher des traces de pollens ou de petits mollusques, explique Dupuis. Ainsi, nous connaîtrons probablement mieux les conditions environnementales de l’époque: l’humidité, la chaleur, le vent, l’érosion, la végétation, etc. » Et, – qui sait? – on comprendra mieux comment les célèbres « monstres », il y a 65 millions d’années, ont soudain disparu de la surface terrestre.

Philippe Lamotte

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