De l’électricité dans l’eau bénite

Pouvait-il se permettre de dire non ? Un bon pasteur n’a-t-il pas pour premier devoir de ramener au bercail les brebis égarées ? Surtout quand elles se bousculent sur le parvis ? Pas plus papiste que le pape, Benoît XVI a donc tout naturellement cédé. Et de laisser venir à lui, dans le désordre, les orthodoxes, les anglicans dissidents, les lefebvristes. Autant de fidèles éparpillés à la suite de trois schismes  » historiques  » : 1054, 1534, 1988, trois dates funestes pour le Vatican, auxquelles il faut ajouter le 31 octobre 1517 qui a vu Luther ouvrir toutes grandes les portes de la Réforme.

Le pape n’a même pas dû se donner la peine de braconner sur des terres hostiles. Ni de remuer ciel et terre. Le temps avait fait son £uvre. Restait à la jouer finement pour ne rien brusquer. Aller vite, lentement. A pas feutrés, mais résolument, des contacts de plus en plus nombreux étaient noués, depuis plusieurs années déjà, pour aboutir à un rapprochement réel entre tous.  » L’union des conservatismes « , pointe, dans nos colonnes, le Pr Odon Vallet. De fait, beaucoup s’émeuvent avec, un peu partout, des chapelets de protestations, voire d’injures. Voilà donc l’Eglise romaine définitivement colonisée par les voix les plus conservatrices.  » On est passé du néolithique au paléolithique « , dénonce un fidèle déçu.  » Avec Benoît XVI, le Vatican se spécialise dans le recyclage intégriste. Pour un développement durable ?  » raille Golias, la revue catholique française contestataire de gauche. De fait, les troupeaux réunis par le pape s’inscrivent bien dans les courants les plus à droite du christianisme. Pas question, pour les lefebvristes, les anglicans dissidents ou les orthodoxes d’accepter la prêtrise des femmes, des gays, le remariage des divorcés ou la bénédiction pour les couples homosexuels. Autant de limites sensibles. Des positions qui ont le don de raidir radicalement les croyants progressistes.

Soit. Mais peut-on reprocher au pape d’avoir fait son job ? A l’heure où les églises se vident, mine de rien, il pourrait ramener dans le giron du Vatican, dans un premier temps (et sans compter les orthodoxes), grâce notamment à des structures canoniques d’accueil cousues sur mesure pour chaque communauté, pas moins d’un million de chrétiens. Quoi de plus normal pour un chef spirituel pour qui  » l’Eglise doit être celle de tous au milieu des divisions de ce monde  » ? Et ce dans l’unité, l’£cuménisme, malgré  » les différences de sensibilités liturgiques  » ?

Mais l’enfer n’est-il pas pavé des meilleures intentions ? Car, derrière  » ce beau paysage en trompe-l’£il « , comme le dit joliment l’écrivain et théologien Gabriel Ringlet, l’Eglise ne doit-elle pas aussi se préoccuper – prioritairement ? – de mettre l’Evangile en pratique, surtout en période de crise économique qui voit la solidarité s’effondrer ? Et Ringlet de citer Mgr Rouet, archevêque de Poitiers, qui, dans J’aimerais vous dire (éditions Bayard), publié récemment, défend un autre modèle d’Eglise,  » une Eglise beaucoup moins cléricale et qui inverse la question. Non plus : qui vient à l’Eglise ? Mais vers qui l’Eglise va-t-elle ? « .

En clair, redresser l’atlas de la chrétienté, c’est bien. Mais s’occuper du plus petit d’entre nous, c’est mieux.

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l’éditorial de christine laurent

S’occuper du plus petit d’entre nous, c’est mieux

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