De l’abbaye à la caserne

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

Non à Tervuren « .  » IGN = La Cambre « . Les affichettes posées sur les fenêtres des bâtiments de la cour centrale de l’abbaye de la Cambre, à Bruxelles, alertent le visiteur. La perspective du déménagement de l’Institut géographique national (IGN), qui occupe les lieux, vers le quartier militaire Panquin, face au parc de Tervuren, suscite une vive inquiétude parmi les membres du personnel. Les uns s’interrogent sur le coût de cette décision ministérielle et soulèvent le problème de la mobilité, le site de Tervuren étant moins accessible par les transports en commun que celui de l’abbaye. D’autres évoquent surtout les conséquences, pour les employés francophones et l’avenir de l’institution fédérale, d’une délocalisation en région flamande.

 » Nous vivons une période d’instabilité, reconnaît Ingrid Vanden Berghe, administratrice générale de l’IGN. Les appréhensions liées au déménagement viennent s’ajouter aux bouleversements technologiques qui touchent le métier de cartographe. Celui-ci n’est plus un artiste, mais un opérateur d’outils informatisés. Sa référence principale n’est plus la carte papier, mais la base de données spatiales continues. Il fallait quinze ans pour mettre à jour la cartographie du pays, alors qu’aujourd’hui les utilisateurs de nos produits numérisés réclament des corrections en temps quasi réel. L’IGN est, en outre, confronté à une révolution des sources d’information : à la photo aérienne et aux données collectées sur le terrain s’ajoutent les collaborations avec les Régions, tandis que se multiplient les projets européens auxquels nous participons.  »

Le ministre de la Défense, André Flahaut (PS), qui a la tutelle sur l’IGN, a pris la décision du transfert à Tervuren en juillet dernier.  » Une étude préalable a démontré que les travaux de rénovation nécessaires à l’abbaye de la Cambre coûteraient nettement plus cher – presque 3 millions d’euros de plus – que les travaux d’adaptation à réaliser au quartier commandant Panquin « , indiquait le ministre, en octobre, à la Chambre. De plus, la rénovation in situ de l’abbaye perturberait pendant une longue période le fonctionnement de l’IGN et impliquerait des déménagements internes. Selon le ministre, la caserne de Tervuren, pressentie un temps pour devenir le siège de l’état-major européen,  » convient parfaitement  » à la mission de l’Institut. En outre, Flahaut fait miroiter que le produit de la vente du site de la Cambre serait affecté – en totalité ? – à l’IGN, qui manque cruellement de ressources pour investir dans du matériel performant.

Le coût d’une rénovation

 » Sans cesse en quête d’argent, l’Etat fédéral est prêt à céder l’abbaye pour faire une plus-value « , déplore Marie Nagy, députée fédérale Ecolo. Le ministre-président bruxellois Charles Piqué (PS) s’est montré intéressé par le rachat du site prestigieux, où la Région envisagerait d’installer son secrétariat d’Etat aux Monuments et Sites. Mais tout dépend du montant qu’on lui demandera… Le gouvernement bruxellois a-t-il les moyens d’acquérir, de rénover et d’entretenir les lieux ? Marie Nagy en doute :  » La Région n’est pas riche et doit déjà rénover ses cabinets de la place Royale.  »

Le déménagement de l’IGN n’est pas prévu avant la mi-2009, ce qui laisse du temps, assure Flahaut, pour répondre aux préoccupations du personnel.  » Pour ceux qui se rendront à l’Institut en bus au départ d’une gare de la capitale, le trajet sera plus long d’une demi-heure en moyenne, estime Ingrid Vanden Berghe. Mais le ministre nous a promis un système de navettes.  » Il faudra aussi modifier la loi organique de l’IGN, qui prévoit sa localisation en Région bruxelloise. Les syndicats, eux, constatent que Bruxelles va perdre 235 emplois dans l’opération.

 » En termes de gestion des bâtiments, la décision du ministre semble cohérente, mais le problème de l’emploi des langues est délicat « , admet l’eurodéputé Philippe Busquin (PS), président du comité de gestion de l’IGN. Il s’agit notamment de déterminer dans quelle mesure les agents francophones de l’Institut (environ la moitié du personnel) seront tenus de s’exprimer en néerlandais, langue de la commune unilingue où sera installé leur service. La commission permanente de contrôle linguistique doit remettre un avis sur la question. Un avis très attendu au sein de l’IGN, où l’on signale qu’en cas de litige avec son employeur, un agent francophone devra s’adresser au tribunal du travail de Leuven. Sauf accord des deux parties pour saisir une autre juridiction.

Olivier Rogeau

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