Dans l’ombre du Général

La suite des souvenirs de Philippe de Gaulle nous fait découvrir les coulisses de l’Elysée et révèle un personnage méconnu : Tante Yvonne

De Gaulle, mon père (t. II), par Philippe de Gaulle. Entretiens avec Michel Tauriac. Plon, 560 p.

Yvonne de Gaulle, ma mère  » : son fils, Philippe, aurait pu, peut-être, donner ce titre au deuxième volume de ses souvenirs. Certes, c’est le personnage du père, imposant, qui en occupe l’essentiel. Mais, au second plan, c’est l’image de  » Tante Yvonne « , comme la nommèrent les Français, qui apparaît plus nouvelle, et attachante. Bien sûr, poussé dans ses retranchements par le journaliste Michel Tauriac, qui ne rate aucune des questions à poser, Philippe de Gaulle livre bien des confidences sur l’attitude de son père après son entrée à l’Elysée.

L’Algérie, d’abord. Mais il confirme, là, ce que la plupart des observateurs avaient diagnostiqué : le pragmatisme du président. Et, amiral, il ne s’étend guère sur les rapports complexes de celui-ci avec l’armée. Il livre, cependant, un récit savoureux û et un peu surprenant û de la rencontre entre de Gaulle et Massu, en 1960, après que ce dernier (alors commandant à Alger) eut critiqué vertement, dans une interview à un journal allemand, la politique du président. Lequel le rappela à Paris, le reçut pour le semoncer et eut affaire, déclara-t-il ensuite à son fils, à une sorte de  » fou furieux  » gesticulant. Qui finit par crier à de Gaulle, avant de claquer la porte :  » Mon général, vous êtes entouré de gens qui sont des cons !  » C’est le même Massu, commandant en chef des armées françaises en Allemagne, que de Gaulle retrouva en mai 1968 quand il quitta l’Elysée, brusquement, pour Baden-Baden. Une rencontre qui suscita et suscite encore beaucoup d’interrogations. Que s’étaient-ils dit ? Massu, plus tard, allait confier qu’il avait remonté le moral d’un président abattu. Philippe de Gaulle laisse plutôt entendre qu’il fanfaronnait. Et l’on a tout lieu de le croire puisque l’entretien fut bref : à peine quarante minutes. Il semble finalement que ce  » voyage  » à Baden û sur lequel l’auteur n’apporte pas d’autres lumières û était une opération de diversion montée par un tacticien de l’arme blindée pour désarçonner l’adversaire, c’est-à-dire la rue, la grève, les étudiants et la majorité du monde politique. Reste que si ce livre fait une victime, c’est Massu.

En revanche, il faut y revenir, c’est Yvonne de Gaulle qui en tire le principal bénéfice. Sans que son fils y insiste, on la voit, discrète mais toujours présente, admirant son grand homme û au prix, peut-être, d’une certaine distance avec ses enfants û et sachant  » dire ce qu’il fallait quand il le fallait « . Une femme qui dut, en Angleterre pendant les premières années de la guerre, puis à Alger, et dans bien d’autres circonstances, se déplacer sans cesse à la suite de son mari. Qui détestait le gaspillage et le luxe, à l’Elysée comme à la maison :  » Elle n’aurait pas jeté une chemise de mon père sans savoir si l’on ne pouvait pas en retourner les poignets.  » Une épouse de président, enfin, qui n’aimait guère les cérémonies officielles, mais, soucieuse de son devoir, s’informait toujours avec précision sans jamais se mettre en avant. Et qui n’aurait guère songé à multiplier les déclarations ou à donner des interviews. Elle était comme  » son ombre « , explique avec respect Philippe de Gaulle. Toutefois, il est des ombres qui méritent d’être éclairées.

Jacques Duquesne

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