Dadis ou comment s’en débarrasser

A Conakry, le chef de la junte rechigne à s’effacer. Malgré les pressions conjuguées de la communauté internationale.

Le capitaine assiégé joue la montre. Sommé par l’Union africaine (UA) de renoncer à concourir lors du scrutin présidentiel du 31 janvier 2010, Moussa Dadis Camara entend soumettre sa candidature à la médiation conduite par le chef d’Etat burkinabé, Blaise Compaoré. En clair, le patron de la junte guinéenne, dont la garde prétorienne orchestra le carnage du 28 septembre – plus de 150 opposants tués – refuse de s’effacer. Reste que ce caïd irascible et fantasque ne saurait prétendre au rôle d’acteur de la transition. Comment neutraliser le noyau dur de la junte ? En misant sur un faisceau de pressions. Une commission d’enquête onusienne s’emploiera sous peu à faire la lumière sur le massacre de Conakry. La Cour pénale internationale vérifie que les atrocités commises relèvent de sa compétence. La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a décrété un embargo symbolique sur les armes. Quant à l’UA, elle envisage de nouvelles sanctions.

Pas sûr que cet arsenal suffise.  » Dadis doit partir. Mais partir où, pour être remplacé par qui ?  » nuance un expert français. Ses parrains libyens eux-mêmes rechignent à lui offrir l’asile. Plus délicat encore, le casting d’une équipe intérimaire jugée acceptable tant par l’opposition que par la hiérarchie militaire. C’est ainsi : on peut imaginer une Guinée sans junte ; pas une Guinée sans galonnés. Encore faut-il dénicher, pour les associer au processus, une poignée d’officiers respectés par la troupe et n’ayant pas trempé dans la tuerie. Gageure, tant la tentation de la fuite en avant guette une armée rongée par le clanisme et l’impunité. Moussa Dadis Camara joue d’ailleurs du chantage au chaos : sans moi, ce serait pis. Nul doute que la mise au ban de la junte aiguise les tensions en son sein. Issu d’une ethnie forestière minoritaire – les Guerzé – le satrape en treillis s’est entouré d’une coterie de fidèles, tout en enrôlant dans son fief sudiste des centaines de miliciens, vétérans des guerres civiles du Liberia ou de la Sierra Leone. Il a ainsi attisé le ressentiment de groupes ethniques marginalisés, tels les Soussou, hier maîtres de la garde présidentielle. Au camp Alpha-Yaya-Diallo, siège du pouvoir putschiste, on a frôlé plus d’une fois la bataille rangée.  » L’élection de janvier n’est qu’une étape, avance un conseiller élyséen. Le salut du pays exige une profonde réforme de l’armée. Même avec un paquet de fric, il faut a minima cinq ans pour qu’un tel effort porte ses fruits.  » Cinq ansà Vu des bas quartiers de Conakry, une éternité.

VINCENT HUGEUX

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