Cyberdissidents en ligne de mire

En Chine, Internet offre une tribune aux mécontentements. La répression y bat pourtant son plein

Le rapport Internet sous surveillance

est téléchargeable gratuitement

sur www.rsf.org

A la fin de 2003, la Chine comptait 80 millions d’internautes et leur nombre ne cesse de croître. Mais ils sont sous très haute surveillance.  » Tous les utilisateurs d’Internet peuvent être accusés d’incitation à la subversion « , préviennent les signataires d’une pétition récente qui demande une redéfinition de la liberté d’expression en Chine et la libération d’un cyberdissident arrêté en octobre 2003. Ce dernier, Du Daobin, un cadre de la province du Hubei, avait adressé des articles en faveur de la démocratisation de la Chine à des sites hébergés à l’extérieur du pays. Il risque une peine de prison de deux à douze ans. Ouyang Yi vient, lui, d’être fixé sur son sort : deux ans de prison. Le crime de cet instituteur ? Avoir créé un site Internet prônant une évolution graduelle de la Chine vers plus de démocratie. Depuis novembre 2003, Zhang Shengqi, 23 ans, attend en cellule le sort qui lui sera réservé pour la publication sur Internet d’articles en faveur de l’Eglise chrétienne clandestine… Selon Amnesty International, ils seraient ainsi 54 internautes à avoir été condamnés ou détenus en 2003.

En deux semaines, la pétition, lancée par une centaine d’intellectuels chinois, a réuni plus d’un millier de signatures. Censurée sur Internet, elle a rapidement été relayée par courrier électronique. Elle éclaire le rôle de ce nouveau média dans un pays où de plus en plus d’informations circulent sans que le pouvoir renonce à définir les règles du jeu.  » Internet offre une plate-forme pour la liberté de parole, explique Liu Xiaobo, dissident de longue date et l’un des initiateurs de la pétition. Les Chinois ont enfin un moyen de s’exprimer. L’opinion publique joue désormais un rôle.  » Depuis un an, cette  » opinion  » a enregistré quelques succès, dont le plus spectaculaire a abouti à l’abrogation d’un règlement policier permettant l’arrestation arbitraire des sans-papiers.

Internet représente un double défi pour le régime chinois : il brise le monopole de l’information officielle et, surtout, il met en réseau les mécontents. Or le parti unique contrôle la société grâce à l’atomisation extrême de celle-ci.  » Le gouvernement a peur de la force du peuple « , dit encore Liu Xiaobo. A 32 reprises, le site Démocratie et liberté, sur lequel intervient le dissident (www.mzyzy.org), a été bloqué. Il vient de rouvrir pour la trente-troisième fois, avec une adresse que les autorités ne peuvent pas isoler directement. Celles-ci disposent, toutefois, de moyens importants pour censurer les sites qui leur déplaisent, avec la complicité des grandes entreprises occidentales de logiciels ou celle des grands serveurs, qui préfèrent ne pas déplaire à Pékin. Deux sites permettant la création et l’hébergement de blogs û des journaux personnels sur lesquels l’utilisateur publie souvent des commentaires sur l’actualité û viennent encore d’être fermés. Et si les internautes passent au-travers des mailles du filet pour dénoncer la corruption et certains abus de pouvoir û un exercice que les autorités tolèrent û toute attaque directe contre le monopole du parti est aussitôt sanctionnée. Un constat confirmé par Reporters sans frontières (RSF). A l’occasion de la fête de l’Internet, le 30 mars dernier, l’association a décerné ses trophées de la répression sur le Net. Pour la soixantaine de cyberdissidents emprisonnés, ses centaines de milliers de sites filtrés et une surveillance implacable des courriers électroniques, la Chine a décroché la  » palme d’or « . Mais le Céleste Empire n’a pas le monopole de la répression. Avec plus de 400 000 publications en ligne officiellement bâillonnées, l’Arabie Saoudite obtient, sans problème, le 1er prix de la censure. Le prix du (secteur) public revient à Cuba où le gouvernement est récompensé pour sa mainmise sur le Réseau et le contrôle absolu de l’information, via l’entreprise publique ETEC SA. Enfin, l’ONU se voit attribuer le Grand Prix de l’hypocrisie pour la place de choix que l’organisation a accordée aux pays les plus répressifs lors de son récent Sommet mondial sur la société de l’information. Le prochain sommet se tiendra d’ailleurs en Tunisie, un pays où les services de sécurité opèrent une surveillance implacable du cyber- espace… Frédéric Koller en Chine,

Frédéric Koller, avec Vincent Genot

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