Cotillard Chronique d’un sacre

Pour obtenir l’oscar, l’interprète de La Môme n’a pas dû compter sur son seul talent. Récit d’une campagne.

Patrick Bruel, dépêché par Canal + à Hollywood pour commenter avec Laurent Weil et Didier Allouch la 80e cérémonie des Oscars, a mesuré l’ampleur de l’événement :  » C’est comme la victoire des Bleus en 1998 !  » Marion Cotillard est effectivement la première actrice récipiendaire d’une statuette pour un rôle interprété en français. Sur la scène du Kodak Theatre, après avoir salué son metteur en scène, Olivier Dahan, et avant de conclure par un  » Merci la vie ! Merci l’amour ! « , la comédienne a remercié Picturehouse Entertainment, société de distribution de La Môme sur le territoire américain. A juste titre.

Mi-avril 2007 : quand le film sort dans quelques salles de Los Angeles, la presse salue unanimement la performance de Cotillard. Dès lors, Bob Birney, patron de Picturehouse Entertainment, voit en sa vedette une possible  » oscarisable « .  » Il [me] demande si, oui ou non, [je veux] participer à la compétition, en [me] prévenant que, si [j’accepte], ce sera dur, déclarait l’actrice à L’Express en août 2007. Et qu’il faudra être capable de dire ouvertement : « Je veux un oscar. »  » Et ce, au cours de repas et de cocktails organisés par Birney où sont conviés artistes, écrivains, politiciens, mannequinsà  » On parle à des gens qui parleront, ajoutait Marion Cotillard. C’est une histoire de réseaux. « 

A l’automne, la grève des scénaristes plombe la campagne médiatique envisagée. Les talk-shows, faute d’auteurs pour écrire les textes des animateurs, sont annulés. Qu’à cela ne tienne : la comédienne est envoyée en émissaire dans tous les festivals où le film est présenté et ramasse à chaque fois le prix d’interprétation, ce que relaie systématiquement Birney à travers des pages de pub dans des magazines professionnels (Variety, The Hollywood Reporter) et journaux à gros tirage (Los Angeles Times, New York Times, etc.). Le Golden Globe, remis en janvier dernier à Cotillard par l’Association de la presse étrangère de Hollywood, conforte la politique de Birney : depuis Liv Ullman, en 1972, pour The Emigrants, de Jan Troell, aucune comédienne n’avait remporté ce trophée pour un rôle dans une langue non anglo-saxonne.

Et le Tout-Hollywood de se presser aux projections organisées par Birney pour découvrir cette  » Môme  » que s’arrachent désormais les émissions de télé, jusqu’au fameux Oprah Winfrey Show, dont l’audience faramineuse apporte une légitimité à la célébrité de Cotillard. De Steven Spielberg à Daniel Day-Lewis, tous appellent la petite Française pour lui dire leur admiration.  » Si on ne pouvait les rejoindre, ils se déplaçaient à notre hôtel pour boire un verre, raconte Olivier Dahan. Sans arrière-pensée de boulot. Juste pour discuter. Ils sont d’une décontraction incroyable. « 

En France, l’enthousiasme est entamé par un petit bug. Tandis qu’elle multiplie les entretiens outre-Atlantique, Marion Cotillard annule ceux qu’elle avait prévus avec des journalistes français. Et a l’air très ailleurs lors du dîner des nommés aux césars.  » Elle était exténuée, explique Alain Goldman, producteur de La Môme. Elle vit un véritable marathon. Elle gagne le Bafta (césar britannique), répète avec Johnny Depp le prochain film de Michael Mannà Sur La Môme, elle a déjà tout dit à la presse française. Le reste relève du people. On ne peut pas lui reprocher de préférer se concentrer sur son travail.  » Et, si seul le résultat compte, alors, non, on ne peut rien reprocher à Marion Cotillard, à ce jour championne du monde des actrices. l

Christophe Carrière avec Denis Rossano

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