» Congo River  » : le tournage

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

Depuis la fin février, le réalisateur belge Thierry Michel remonte le cours du fleuve Congo… et le temps. Une aventure fantastique à découvrir en 2005 sur petits et grands écrans

Remonter ce fleuve, c’était retourner, pour ainsi dire, aux premiers commencements du monde, quand une orgie de végétation couvrait la terre et que les grands arbres étaient rois. Un fleuve désert, un grand silence, une impénétrable forêt. L’air était chaud, épais, lourd, languide. Il n’y avait aucune joie dans l’éclat du soleil… Et on butait tous les jours sur les hauts-fonds en essayant de trouver le chenal, jusqu’à ce qu’on se croie ensorcelé et coupé à jamais de tout ce qu’on avait connu jadis.  »

Aucun des écrivains voyageurs qui ont visité le Congo n’a surpassé la prose de Joseph Conrad, qui a tiré de son expérience africaine en 1890 le superbe Au c£ur des ténèbres. Un roman que Thierry Michel a sûrement emporté dans ses bagages. Fin février, le cinéaste est parti pour plusieurs mois dans l’ancienne colonie belge pour les repérages et le tournage de son prochain documentaire, baptisé Congo River. Au-delà des ténèbres.  » Ce voyage au c£ur de cette Afrique abandonnée à sa violence sera avant tout un hymne à la vie, à l’image de cette végétation indomptable qui enserre le fleuve Congo, prévenait-il avant son départ. Je filmerai les joies et les souffrances d’un peuple, les fêtes qui rythment l’existence et le sort de ceux qui travaillent sur le fleuve.  »

Michel et son équipe ont prévu de remonter le cours d’eau depuis son embouchure, sur l’océan Atlantique, jusqu’à sa source, au sud de Kolwezi, au Katanga.  » Le trafic sur le fleuve, seule voie d’échanges, a repris en juillet dernier après quatre ans de guerre, signale Christine Pireaux, la productrice des Films de la Passerelle. On voit des barges, des troncs d’arbres ou des fûts d’huile de palme chargés de  »passagers » descendre au fil de l’eau. Pour l’heure, Thierry, avec lequel je suis en contact régulier, est à Kisangani, de retour de Kindu, où il a négocié les autorisations pour filmer les maï-maï, les rebelles qui contrôlent certaines régions de l’est du pays.  »

La remontée cinématographique de l’auteur de Mobutu, roi du Zaïre est aussi un voyage dans l’histoire et la mémoire du pays-continent. Le cinéaste belge retourne sur les traces des figures qui ont scellé le destin du pays : l’explorateur Stanley, bien sûr, son confrère Livingstone, mais aussi le roi colonisateur Léopold II, Baudouin Ier, Lumumba, Mobutu et Kabila. Aux images tournées s’ajouteront donc les nombreuses archives découvertes notamment à la Cinémathèque.

 » Le film aura une forme politico-poétique, mais ne pourra ignorer la violence coloniale « , précise l’équipe, qui revient aussi sur les difficultés du tournage :  » Pas question de passer par les terribles rapides du bas Congo, qui ont coûté la vie à Philippe de Dieuleveult. L’expédition requiert néanmoins une logistique sophistiquée : pirogues, trains, 4 x 4 et hélicoptères seront utilisés. On se sert d’une petite caméra haute définition. Il faudra éviter autant que possible les tracasseries des rançonneurs et des milices, car nous avons un budget pour onze semaines de tournage, pas plus.  »

Pour limiter les risques, Thierry Michel cherche à obtenir toutes les autorisations nécessaires. Un sacré défi : depuis des semaines, de Kinshasa à la province d’Equateur, il collectionne les cachets auprès des ministres, des gouverneurs, des douaniers, des militaires et de la police fluviale. Le film de 90 minutes et la série télé de trois fois une heure devraient sortir d’ici à septembre 2005.

Olivier Rogeau

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