Confort des uns, débrouille des autres

Le paysage théâtral de la Communauté française est labouré par de grands chantiers, dont certains prometteurs, comme celui que pilotera le théâtre de L’L. D’autres attendent…

Au cabinet de la ministre de la culture Fadila Laanan, les choses bougent, mais les choix opérés peuvent laisser perplexes. Pas d’argent pour le secteur de la scène ? Si, et pas mal, mais d’abord pour les grosses institutions, pour, dit-on en substance, renforcer la cohérence de leurs missions. Le National, le théâtre de la Place, le Public, parmi quelques autres, en font partie. Ces dernières saisons, lorsque des créateurs, jeunes encore, mais qui avaient brillamment fait leurs preuves dans la débrouille la plus précaire, quémandaient un minimum vital, la réponse variait peu : pas d’investissement nouveau, insérez-vous dans les structures existantes, les institutions qui ont pour mission de vous accueillir.

Mais les portes ne sont guère ouvertes : ici et là, un accueil, sans risques, d’un spectacle déjà fêté. Quant à mener une recherche de plus longue haleine, aucune éclaircie à l’horizon. Le ZUT (zone urbaine théâtre) en est l’exemple le plus frappant. Pourtant, la saison prochaine ne verra pas à la rue le collectif du petit théâtre de Molenbeek. Celui-ci entre en association avec l’Atelier 210 (Etterbeek), un lieu qui, depuis trois ans, a montré de quel bon bois lui aussi pouvait se chauffer, dans une grande diversité de spectacles.  » Deux jeunes structures fragiles qui, ensemble, mais sans amalgame, seront plus fortes « , proclament Georges Lini et Benoît Roland, responsables respectifs des deux lieux, qui n’ont jamais vu l’ombre d’une subvention, sinon une éventuelle aide ponctuelle aux projets. Leurs artistes se produisent dans la précarité, ce que fustigent certains sans apporter de solutions. La Communauté française, elle, ne se mouille pas.

En revanche, elle vient de permettre au théâtre de L’L – dont on connaît depuis dix-huit ans le talent de défricheur de sa fondatrice, Michèle Braconnier – de mettre en place sur le territoire d’Ixelles un  » Espace jeunes créateurs « , soit une mise en réseau de plusieurs lieux (dont le Mercelis, la chapelle de Boondael, l’XL théâtre, le Marni, le Molière, Flagey…). Espaces de travail professionnels, aide d’une équipe technique et administrative, d’abord sans un franc pour tester une toute première fois l’art et la matière, puis avec une aide financière pour lancer un chantier, et enfin, pour miser sur la qualité, la viabilité des projets et la présentation en mini-festival. (Le théâtre des Tanneurs a lui aussi développé le même genre de soutien aux premiers projets.) Cet ensemble de mesures destiné aux acteurs  » émergents  » a été imaginé et piloté par Michèle Braconnier qui a vu, du même coup, son contrat-programme mieux soutenu. A tester sur le terrain. Reste à ne pas sacrifier les artistes déjà en piste depuis plusieurs années…

Michèle Friche

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