Comparaison n’est pas raison

Avec quel scrutin faut-il comparer les résultats des élections régionales du 13 juin 2004 ? Avec les scrutins régionaux du 13 juin 1999 – qui étaient couplés, alors, aux élections législatives fédérales – ou avec le scrutin du 18 mai 2003, qui avait pour seul objet le renouvellement du Parlement fédéral et pas ceux des entités fédérées ? En théorie, la comparaison n’a de sens qu’entre des scrutins de même nature : il faudrait donc analyser les pertes et les gains des uns et des autres à l’aune de ceux qui furent les leurs en 1999. C’est, d’ailleurs, la logique du ministère de l’Intérieur et celle qui était d’application sur les plateaux de télévision, dimanche soir. Mais voilà : il existe une autre logique, qui conduit à prendre aussi en compte les scores des dernières élections, à savoir les législatives de l’année passée. Politiquement, c’est plus significatif : entre 1999 et 2003, l’état de l’opinion publique avait fortement évolué, notamment en faveur des familles socialiste et libérale et en défaveur des Verts. Cela n’a donc pas beaucoup de sens, pour comparer les nouvelles performances des différents partis, de se référer à un passé enterré depuis longtemps déjà. Cependant, il ne faut évidemment pas perdre de vue que les parlements des entités fédérées û et, par conséquent, les exécutifs û étaient composés, jusqu’ici, en fonction des résultats engrangés, en 1999, par les différentes formations politiques : c’est ainsi, par exemple, qu’Ecolo faisait toujours partie de la majorité wallonne, alors que sa présence au Parlement fédéral s’est réduite à portion congrue en 2003 et qu’il ne fait plus partie, depuis lors, du gouvernement fédéral. Pour analyser leurs performances de ce dernier dimanche, les responsables politiques les comparent donc à 1999 ou 2003, suivant ce qui les avantage le plus. Guy Verhofstadt préfère comparer le score de son parti en Flandre (19,8 %) à celui obtenu en 1999 (22 %), plutôt qu’au résultat de 2003 (24,2 %). La progression des socialistes wallons, elle aussi, est évidemment plus spectaculaire si on compare leurs résultats du 13 juin (36,9 %) à ceux de 1999 (29,4 %), plutôt qu’à ceux de 2003 (36,4 %). Quant aux écologistes wallons, ils se consolent de leur chute (à 8,5 %) par rapport à 1999 (18,2 %) en invoquant une û légère û remontée depuis 2003 (7,4 %). Tout est une question de point de vue, au sens littéral du terme… I

I. Ph.

I.Ph.

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