Comment sauver la Stib ?

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif/L'Express

Extension et automatisation du métro, acquisition de nouveaux bus, pistes de financement… : l’avenir des transports publics bruxellois se joue en ce moment. Décryptage des ultimes passes d’armes.

Il aurait dû sortir des limbes voici plus d’un an, mais on l’attend toujours. Sauf nouveaux contretemps, la dernière mouture du contrat de gestion de la Stib, qui orientera pour longtemps la politique de mobilité à Bruxelles, devrait être approuvée dans les prochaines semaines.  » Les ministres régionaux planchent dessus et on peut s’attendre à une décision pour les vacances de carnaval « , estime Ridouane Chahid (PS), vice-président du conseil d’administration des transports publics bruxellois. Très impliqué dans les négociations, Charles Picqué est en partance : il a annoncé qu’il quitterait anticipativement ses fonctions de ministre-président le 8 mai.  » Il a donc tout intérêt à ce que la Région tranche rapidement « , glisse Chahid. Principal enjeu : le choix des solutions financières qui permettront le développement du réseau.

 » Il est urgent de mettre un terme aux atermoiements politiques, remarque le vice-président. Des lignes saturées engendrent un dégoût des transports publics. Quand le confort n’est plus là pendant les heures de pointe, quand les temps de parcours sont irréguliers, quand la sécurité fait défaut, les clients s’en vont. Des signaux l’indiquent déjà, même si les courbes de fréquentation du réseau restent orientées à la hausse sous l’effet de la croissance démographique.  »

De fait, l’augmentation de la demande se poursuit, révèlent les dernières données publiées par la Stib : 19 millions de voyages supplémentaires en 2012, soit une hausse de près de 6 % en un an. En une décennie, la croissance est de 70 % ! Et elle pourrait être de 75 % à l’horizon 2025, selon les projections du ministère bruxellois de la Mobilité.

Les prévisions à plus court terme tablent sur 400 millions de voyages annuels dès la fin 2016, pour près de 350 millions aujourd’hui. Mais ce chiffre devra sans doute être revu à la hausse.  » On pourrait approcher, dans quatre ans, la barre du demi-milliard, estime un expert. Les transports publics de la capitale sont donc confrontés à une croissance non soutenable au vu des moyens financiers disponibles.  » Pour répondre aux défis de l’augmentation de la fréquentation, un investissement de plus de 1,8 milliard d’euros serait nécessaire. Le financement futur passe par l’augmentation des recettes propres et par des partenariats public-privé.

Sortir le budget Stib de celui de la Région ?

Cette dernière solution pourrait être retenue en vue de la construction de dépôts (Marconi, Erasme), dont le coût tourne autour de 100 millions d’euros par projet. Pour dégager plus de moyens, il est aussi question de permettre à la Stib, entreprise publique, de sortir son budget de celui de la Région. But de cette  » déconsolidation  » : donner à la société plus de possibilités d’emprunter. Autant de pistes et de philosophies qui rendent le débat politique explosif.

 » Des choix doivent être faits, avec des engagements budgétaires clairs et précis pour les scénarios retenus, martèle l’une de nos sources à la Stib. D’autant que de nombreuses années s’écoulent entre une décision et sa mise en oeuvre.  » Objectif de cet investissement lourd : accroître la capacité des métros, trams et bus. Dans le contrat de gestion, cette réalité passe surtout par l’automatisation du métro. Ce projet futuriste baptisé  » Pulsar  » devrait concerner, à l’horizon 2018, les deux principales lignes (1 et 5). L’une d’entre elles pourrait être  » déviée « , afin de desservir le quartier européen Schuman-Léopold. Le métro automatisé, qui est déjà une réalité à Paris, Lille, Barcelone et Tokyo, permettrait de doubler la capacité du métro bruxellois.

L’acquisition de bus moins polluants pour 2016, après une dernière commande de bus au diesel, figure également dans les projets, mais le débat sur le choix du moteur (au gaz ou hybride) reste ouvert. L’élaboration d’un nouveau plan directeur pour les trams est envisagé, tout comme la création du tunnel Meiser. Mais le plus gros dossier est celui du prolongement du métro vers le nord-est de la ville. Une étude commandée par Beliris – le fonds d’intervention fédéral – plaide en faveur d’une ligne automatique souterraine. L’étude rejette l’option d’une ligne de tram en site propre sur le parcours actuel de la ligne 55, aujourd’hui saturée. Le tracé proposé pour le futur métro passe sous les quartiers densément peuplés de Schaerbeek.

 » Ecolo freine l’option métro pour l’extension du réseau vers la station Bordet, déplore Ridouane Chahid. Cette ligne répond pourtant au défi de la mobilité et serait un atout pour l’activité économique.  » Le coût du projet – quelque 800 millions d’euros pour les 8 stations envisagées – mais aussi l’ampleur du chantier et son impact sur la mobilité, rendent frileux les décideurs.

Brigitte Grouwels, la ministre CD&V de la Mobilité, qui a reçu le dossier dès septembre dernier, ne l’a pas encore mis à l’ordre du jour du gouvernement.  » Elle ne peut plus tergiverser si l’on veut que la première pierre du chantier soit posée en 2018, estime Chahid. Les déplacements des Bruxellois comptent autant que le sort des navetteurs flamands ! Il faut espérer, pour l’avenir de la capitale, que le prochain ministre régional de la Mobilité soit un francophone.  »

La priorité, selon lui, est d’inscrire le développement de la Stib dans l’ensemble des aménagements publics.  » La Région et la Ville de Bruxelles travaillent, au Heysel, sur le projet NEO, rappelle la vice-président. Si l’on veut encourager la fréquentation de ce centre commercial et de loisirs, il faut concevoir un plan de transports en commun adapté, avec, éventuellement, l’implantation d’un dépôt à proximité. La congestion tue l’économie d’une région.  » Pour la présidente du CA de la Stib, Adelheid Byttebier (Groen !),  » les transports publics bruxellois doivent être le moteur de tout ce qui concerne la mobilité à Bruxelles. Je suis une adepte de l’intermodalité train-métro-vélo comme solution au désengorgement de la Région.  »

Le nouveau directeur général de la Stib, lui, n’est pas encore sorti du bois. Affable, courtois, mais réservé, Brieuc de Meeûs apparaît nettement plus discret que son prédécesseur, Alain Flausch.  » De Meuûs et Flausch sont deux personnalités très différentes « , reconnaît Adelheid Byttebier. L’ex-patron de Flightcare peine-t-il à trouver ses marques, face à une ministre flamande (Grouwels) qui tient le premier rôle en matière de mobilité bruxelloise et a placé ses relais au sein de la Stib et de De Lijn ?  » Il se rend dans les dépôts, rencontre le personnel, le management et réorganise son staff, raconte un cadre de la société. Il va falloir qu’il s’exprime sur ses objectifs. La présentation du contrat de gestion lui donnera sans doute l’occasion de s’exprimer.  »

Olivier Rogeau

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