Colm Meaney ou la force tranquille

Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

L’imposant comédien irlandais fait une création marquante dans Intermission, film foisonnant, intel- ligent et divertissant de John Crowley

Le papa débordé de The Snapper, c’était lui. Et le tenancier du  » fritkot  » de The Van. Deux films de Stephen Frears ont révélé au grand public le physique impressionnant et le non moins grand talent de Colm Meaney. L’acteur irlandais a vu sa popularité devenir mondiale avec le rôle du chef ingénieur Miles O’Brien dans les séries télévisées Star Trek : the Next Generation puis Star Trek : Deep Space Nine, qu’il incarna durant une douzaine d’années au total ! Celui que John Huston avait déjà repéré en 1987 pour son élégiaque The Dead n’a cessé depuis d’alterner les projets au théâtre et à l’écran, signant des performances marquantes dans des films comme The Commitments, Le Dernier des Mohicans et Claire Dolan. S’il campait dans ce dernier film un gangster irlandais des plus inquiétants, c’est un policier de Dublin qu’il joue dans Intermission, le premier long-métrage de John Crowley. Son personnage de flic baroudeur et remonté comme une pendule, proposant à un producteur de télé de lui faire découvrir les bas-fonds de la ville pour en faire une émission de réalité choc, s’inscrit à merveille dans un ensemble qui croise les destins de nombreux Dublinois au fil d’une intrigue évoquant le crime mais aussi l’amour et l’humour, la frustration sociale, la difficulté de faire coller ses rêves et la réalité. Ecrit de façon très habile par le jeune écrivain à succès Mark O’Rowe, dirigé efficacement par un metteur en scène ayant déjà fait ses preuves au théâtre, Intermission allie puissance dramatique, grain réaliste et sens aigu du divertissement.

Colm Meaney, venu l’autre jour présenter le film à Bruxelles pour l’événement Euro Ciné 25 (dans le cadre de l’élargissement de la Communauté européenne), ne tarit pas d’éloges sur les  » jeunots  » dont le travail lui vaut aujourd’hui un de ses emplois cinématographiques les plus marquants.  » Mark O’Rowe a un sens de la structure aussi remarquable que son art de dessiner des personnages crédibles, en chair et en os, alors que John Crowley a une manière unique de cadrer les comédiens tout en leur offrant une vraie liberté de jeu.  »

Nourri et rempli

 » J’avais déjà joué dans une pièce mise en scène par John en 1999, et on s’était dit en blaguant qu’on se retrouverait la prochaine fois pour un film, poursuit l’acteur. Quand il m’a fait lire le scénario d’ Intermission, je n’ai pas hésité une seconde : c’était très fort, et le personnage de Jerry Lynch m’a tout de suite passionné. John ne pensait curieusement pas à moi pour ce rôle, mais quand je lui ai dit que je voulais le jouer, il a réfléchi puis marqué son accord.  » Le policier dublinois avait tout pour intéresser Meaney, avec  » la richesse de sa texture psycho- logique, son épaisseur humaine, ce contraste entre son attitude professionnelle engagée, terre à terre, brutale, et son amour ému de la musique celtique la plus mystique ». Le comédien a joué Jerry Lynch en imaginant sa vie en dehors des scènes où il apparaît dans le film, pour  » le nourrir et le remplir « . Il a aussi préparé le tournage en rencontrant des policiers de Dublin,  » en me faisant montrer les armes qu’ils utilisent, en découvrant leurs horaires stressants, et la dure réalité sociale qu’ils ne peuvent ignorer en faisant leur métier de poursuivre délinquants et criminels « .

Ce travail en amont, cristallisé dans une performance  » sans recul, au présent absolu « , donne un relief extraordinaire à une création qui ne doit pourtant rien ou presque à l’improvisation.  » John Crowley est un des metteurs en scène les plus clairs, précis, méthodiques et même méticuleux que j’ai jamais rencontrés, clame un Colm Meaney admiratif. Il a une vision qui ne laisse rien au hasard et c’est une des raisons pour lesquelles il va devenir un très grand réalisateur…  »

Louis Danvers

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