Chute d’Icare

Comédiens saltimbanques et public nomade se donnent rendez-vous au Cirk’ikar de René Bizac

Cirk’Ikar, au théâtre des Martyrs, à Bruxelles, jusqu’au 12 avril. Tél. : 02 223 32 08.

Bruxelles, théâtre Varia, jusqu’au 29 mars. Tél. : 02 640 82 58.

Le titre, Cirk’ikar, suppose le divertissement. Effectivement, la forme et le ton de cette nouvelle pièce de René Bizac s’inspirent des  » entresorts « , en usage dans les foires d’autrefois et, aujourd’hui, dans les festivals des arts de la rue. Par ailleurs, l’auteur se dit fasciné par les mythes, et celui d’Icare lui a semblé à la fois intéressant et peu fréquenté au théâtre. Voilà pour les ingrédients de départ d’un parcours spectacle qui trimbale le public d’un entresort à l’autre suivant un itinéraire biscornu, allusion au labyrinthe construit par Dédale, le père d’Icare. Nous sommes ici en pleine mythologie et les guides, genre ouvreuses de cinéma des années 1960, sont là pour nous rappeler, heureusement, les liens entre les différents héros comme Thésée, Pasiphaé, Minos, Ariane, etc.

Et ces héros de devenir le clou d’attractions foraines : visite dans l’antre de  » Mademoiselle Ariane, la Femme Araignée  » ; détour par une arène pour trouver Thésée en torero ou par le cabinet d’hypnose du Grand Dedalus, qui obtient ainsi les confidences de Pasiphaé sur sa curieuse passion pour un taureau blanc. Voici encore l’excellent duo de clowns Popo et Didi, entendez Poséidon et Diane. De plus, après l’entracte, tous les personnages se retrouvent ensemble sur scène et, après une brève et amusante parade, les choses tournent subitement au grave, avec des témoignages de sans-papiers au bord de l’expulsion. Si l’intention est louable, il faut avoir épluché le programme du spectacle pour découvrir la logique de cet aboutissement humanitaire. Un texte et une réalisation plutôt confuse et inégale, mise en scène par Jean-Michel d’Hoop, pour les comédiens de la compagnie Point Zéro.

C’est au théâtre Varia, où il est en résidence depuis cinq ans, que le chorégraphe Thierry Smits a crée sa nouvelle £uvre Dionysos’ Last Day/ Stigma : deux pièces distinctes, mais qui ont pour désir commun d’apporter une réponse à la question : peut encore danser et chorégraphier aujourd’hui ? Question pertinente : certains considèrent en effet que, puisque la danse est mouvement, le fait de boire son café ou d’enfiler son chandail relève de l’art chorégraphique. Et Thierry Smits de nous remettre solidement les idées en place avec les très brillants danseurs de sa compagnie Thor, manifestement aussi bien entraînés en technique classique que contemporaine.

Lors de spectacles précédents, Thierry Smits a souvent cultivé la transgression, massacré les tabous et utilisé des références plastiques ou littéraires. Rien de tout cela dans Dionysos’ Last Day/Stigma, entièrement centrés sur la danse pure et sur cet art, beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, d’occuper un espace de manière inventive et significative.

La première partie, Dionysos’ Last Day, nous introduit dans un monde d’interrogation et de doute. Corps fixés ou emballés avec du papier collant, effet d’emmaillotage, éclairage en stries très étudiées, puis délivrance et éclatement général dans un séduisant chaos, évoquent le dilemme entre mobilité et immobilité, axes principaux du discours chorégraphique.

Stigma, la seconde partie du spectacle, conserve le côté minimaliste et parfaitement blanc du décor précédent, avec, cependant, en invité, une musique très allègre de Jean-Sébastien Bach. Les maillots gris des danseurs sont remplacés par des tenues colorées tandis que la danse, libérée de tout intellectualisme, nous entraîne dans une ronde ludique et légère qui dynamise les esprits les plus fatigués.

Lucie Van de Walle

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