Christine Boisson en femme flic

L’actrice joue une policière de choc dans le nouveau film du réalisateur du Silence des agneaux, une Vérité sur Charlie où Jonathan Demme rend hommage au cinema français

Ex-fan des sixties façon nouvelle vague frenchie, Jonathan Demme s’est offert un double plaisir avec son nouveau film, La Vérité sur Charlie: réaliser un remake du grand film de Stanley Donen, Charade (1962), et le tourner à Paris, où il s’est plu à multiplier les hommages (à Truffaut, Varda, Godard, Anna Karina, entre autres). Il lui fallait, dans sa distribution, une comédienne française pour incarner le commandant de police enquêtant sur les tribulations d’une jeune veuve (Thandie Newton) prise entre l’ombre d’un mari mystérieusement assassiné, d’un jeune Américain séduisant (Mark Wahlberg) et d’un fonctionnaire à l’ambassade des Etats-Unis légèrement inquiétant (Tim Robbins). Sur fond de manipulations, de services très secrets et de chasse au trésor, Demme compose un cocktail de thriller et de comédie qui n’égale certes pas le film original, mais distille un certain plaisir.

On est heureux d’y retrouver, en bien belle forme, une Christine Boisson devenue trop rare au grand écran, qui ne lui a pas réservé la carrière qu’annonçaient les premiers succès d’Extérieur nuit et de Rue Barbare, au tournant des années 1980. Celle qui inspira Michelangelo Antonioni pour son très beau Identification d’une femme n’a guère hésité lorsque le réalisateur du Silence des agneaux lui a proposé de tenir le rôle de flic initialement écrit pour… un homme! « Lorsque j’ai su que j’allais rencontrer Jonathan Demme, j’ai été prise d’une grande émotion… et d’une envie plus grande encore! » rit celle qui décrit de savoureuse façon son premier rendez-vous avec le cinéaste américain: « Il m’a chaleureusement serré la main en me disant qu’il était si heureux de me voir, tant il avait aimé mes films, les ayant tous vus. J’ai naïvement demandé lesquels il avait le plus apprécié, et il n’a bien sûr pas pu citer un seul titre! Il a balbutié quelque chose sur un film qui se déroule à la campagne… alors que je n’en ai jamais tourné à la campagne. J’ai fini par comprendre qu’il s’agissait d’un téléfilm, qu’il avait bel et bien vu. Le pauvre était si mal à l’aise! Mais, des deux, c’était de toute façon moi qui cherchais le plus à impressionner l’autre. Ce rôle, je le voulais! »

Une part de mystère

Ayant mis « toute la gomme », l’actrice acheva rapidement de convaincre un Demme auquel elle envoya le soir même trois bouteilles de bordeaux, un geste que le réalisateur, amateur de vins fins, ne put qu’apprécier. L’atmosphère du tournage parisien allait se révéler conviviale, agréable, complice même. Demme entendait faire de son excursion française une « partie de plaisir », tant pour ses interprètes que pour ses futurs spectateurs. La Vérité sur Charlie peut bien emprunter les chemins du thriller, avec menaces, bagarres et courses-poursuites, il n’en perd pas pour autant une légèreté amusée à laquelle chaque comédien apporte sa contribution. Christine Boisson craignait un peu, au départ, que son emploi d’enquêtrice ne réduise la plupart de ses scènes à un jeu de questions-réponses essentiellement informatif. Jonathan Demme lui assura qu’il y aurait « matière à jouer » et l’invita à creuser deux dimensions particulières de son personnage: « L’autorité nécessaire à une femme qui occupe un poste d’homme et commande à des hommes, et puis son humour un peu ironique. » Elle y ajouta une troisième, « celle du mystère, de la part d’indécelable ». Son metteur en scène accueillit ses idées avec générosité, lui qui « est un modèle d’ouverture et d’adaptation, tournant avec un script très écrit mais caméra à l’épaule, constamment en mouvement, laissant les autres et l’environnement (la ville de Paris) imprégner son travail. » Boisson tourna le film sans abandonner Les Monologues du vagin, la pièce d’Eve Ensler qu’elle jouait – seule en scène – tous les soirs après avoir quitté Demme et son équipe. Une double performance dont n’aurait sans doute osé rêver, voici presque trente ans, une adolescente faisant ses débuts au cinéma dans… Emmanuelle, de Just Jaeckin.

Louis Danvers

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