Chers poulets wallons,

C’est vrai, l’ambiance, ces jours-ci, n’est pas exactement à la gaudriole et à l’humour mondain. Et, entre menaces nucléaires et interdictions de se moquer des hamsters, le champ d’action du satiriste se restreint sensiblement.

Heureusement, au moment où l’auteur de ces lignes se demandait s’il n’allait pas changer l’orientation de sa chronique en la rebaptisant  » Le coin des philatélistes « , il est tombé sur une info qui lui a redonné espoir. Ou plus exactement sur une publicité, émanant de l’APAQ-W, qui, comme chacun sait, est l’Agence Wallonne pour la Protection d’une Agriculture de Qualité (et qui devrait donc, en toute logique, s’appeler l’AWPAQ. Mais depuis quand devrait-on être logique en Belgique ?). L’APAQ-W s’est donc payé une demi-page pour nous apprendre que,  » tout au long de son parcours, le poulet wallon est suivi à la trace « . Eh bien ça, on dira ce qu’on voudra, mais pour une bonne nouvelle, c’est une bonne nouvelle.

Parce que si on n’avait plus beaucoup de nouvelles du Coq wallon (la dernière fois qu’on l’avait vu, c’était aux Fêtes de Wallonie, et il semblait avoir abusé du péket, pour oublier les mésaventures de son pote Van Cau), il est bon d’apprendre que le poulet wallon, lui, se porte bien, et qu’on peut le  » consommer sans modération « .

Evidemment, maintenant, le plus dur, ça va être de faire la différence entre un poulet qui a eu la chance de naître sur le Sol Sacré de la Wallonie et un malheureux volatile qui a eu le malheur de voir le jour dans un élevage situé à 15 mètres de la frontière linguistique, mais du mauvais côté, là où les éleveurs parlent flamand. On suggérerait bien de lui faire chanter La P’tite Gayole, mais, vu son état, peu de chance que ça marche.

Voici donc LE truc pour distinguer les vrais Wallons de ces massîs biesses de volatiles flamoutches : observez l’animal. S’il est suivi à la trace, pas de problème, c’est qu’il est wallon. Si, par contre, il semble incapable de suivre Fehriye Erdal à la trace, c’est que c’est un poulet flamand. Et s’il reçoit des pots-de-vin de propriétaires de dépanneuses désireux d’enlever des voitures qui ne sont pas mal stationnées, c’est un poulet bruxellois. Reste un point délicat : quid du poulet en provenance des communes à facilités ? Doit-il être considéré comme flamand, francophone ou asexué linguistique ? Et si c’est le cas, doit-il passer un examen linguistique au Selor pour garantir son immunité ?

Evidemment, toutes ces querelles entre volatiles du Nord et du Sud risquent de relancer une bonne petite guéguerre communautaire sur le thème de  » Comment ? Il est pas frais mon poulet ?  » Mais bon, pendant ce temps, on oublie de brûler des caricaturistes danois, et c’est toujours ça de pris.

Marc Oschinsky

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