Chers auteurs de bandes dessinées,

Je ne voudrais pas jouer l’oiseau de mauvais augure, mais, à votre place, je songerais sérieusement à réorienter ma carrière. Parce que, croyez-moi, les petits mickeys, c’est fini.

Oh, je vous entends déjà vous indigner :  » Qu’est-ce qu’il en sait, lui, il a été faire une étude de marché ?  » Pas besoin, j’ai fait mieux : j’ai eu la visite du fils de mes voisins.

Appelons-le Thomas – ça nous évitera de l’appeler Kevin. Thomas est un ado de 14 ans, tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il passe la moitié de sa vie à jouer à Half-Life sur sa PlayStation, l’autre moitié étant consacrée à l’envoi de SMS à l’orthographe créative. Autant dire que, dans cette vie bien remplie, la BD n’occupe pas une place prépondérante.

Pourtant, Thomas a bien été forcé de s’intéresser à cette structure narrative plus que centenaire : son prof a ordonné à la classe de lui rapporter deux fiches de lecture de bandes dessinées. Sauf que, des BD, Thomas n’en a pas chez lui. D’où le recours à votre humble serviteur.

Conscient de l’importance de ma mission – éveiller les ados aux charmes de l’Ecole franco-belge et assurer un lecteur fidèle qui, jusqu’à ses 100 ans, achètera régulièrement l’intégrale de Tintin ! -, je me suis plongé dans ma collection et en ai tiré deux fleurons que j’ai soumis au jeune Thomas, profitant d’un moment où son GSM lui laissait un peu de répit.

Quick et Flupke l’a vaguement intéressé, surtout à cause de la coiffure de Flupke, qui lui rappelait un peu celle du chanteur de Tokio Hotel. Quand je lui ai expliqué que c’étaient des gamins de son âge qui s’amusaient à faire des tours à vélo et des batailles de boules de neige, il m’a regardé avec des yeux ronds : comment ? Ils passaient leurs journées à jouer dans la rue alors que c’est tellement plus confortable derrière l’écran de son PC ?

Astérix chez les Belges a carrément viré à la catastrophe.  » Tiens, regarde la femme du chef, ai-je expliqué, tu la reconnais ? C’est une caricature d’Annie Cordy.  » Sa réponse arriva illico :  » Annie qui ?  » Je sentais que j’aurais suscité à peu près autant d’intérêt que si j’avais parlé de Simone Max ou de l’impératrice Charlotte.

Bref, chers créateurs de BD, si vous voulez à nouveau séduire le jeune public, il est temps de réagir : exigez l’interdiction de vos £uvres dans les écoles ! Si, en plus, vous parvenez à rendre obligatoire l’étude des principaux jeux vidéo, vous aurez gagné : attirés par l’interdit, les ados délaisseront la console pour se plonger dans vos cases. Bon, peut-être pas celles de Quick et Flupke, faut pas exagérer non plus.

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