Cherche éthique, désespérément

En ce moment, on n’a plus qu’une envie à l’égard des leaders politiques wallons : leur demander de se taire. La pantalonnade spadoise a atteint de tels sommets que plus aucune déclaration ne paraît crédible. Chaque jour qui passe apporte son lot de contrevérités et de dérobades honteuses, de revirements indécents et de commentaires fielleux. Un tel étalage ne peut que gonfler le lit des extrémismes. Autrement dit, et ce fait-là est plus pervers, il accroît encore davantage le mépris et l’indifférence qui poussent tant de citoyens à dénigrer la politique. Il est pourtant vain, sans elle, d’espérer gérer le bien commun.

Réaffirmer cette évidence ne manque pas de culot – d’humour ? – dans les circonstances présentes, tant ce qui se passe au sud du pays suscite à la fois colère, tristesse et amertume. Colère parce que l’argent public, qui manque cruellement aux crèches, à l’emploi, à la recherche et à tant d’activités essentielles, va s’en aller gonfler les poches d’un milliardaire qui sait lire, lui. Tristesse parce qu’il manque de plus en plus d’arguments aux démocrates engagés pour encore défendre une certaine clique politique face à la montée des poujadismes ambiants. Amertume, enfin, parce qu’il existe bel et bien une autre Wallonie, mais dont l’image va inévitablement trinquer. Il est aussi aisé d’acquérir une mauvaise réputation que difficile de la perdre. La Wallonie a besoin d’une vitrine lumineuse, pas d’une arrière-boutique sordide.

Le spectacle est d’autant plus lamentable que l’année 2005 aurait pu être celle d’un nouveau départ régional, concrétisé par un  » plan Marshall « . Même contre-indiquée, l’appellation – signée Di Rupo – donnait la mesure des attentes prêtées au millésime. Il s’agissait bel et bien de recréer l’espoir, c’est-à-dire de l’emploi pour des dizaines de milliers de jeunes et de moins jeunes. En guise de cru, voilà du picrate.

Il y a d’abord eu l’affaire du logement social. Le fait qu’il s’agisse de larrons à la petite semaine, inspirés par des passe-droits de kermesse, ne change rien aux faits, inadmissibles. Mais au moins peut-on espérer, dans ces dossiers qui éclosent les uns après les autres, que la justice fera son oeuvre. Avec Francorchamps, difficile d’être aussi rassuré. Les enjeux sont considérables, en termes de finances publiques, bien sûr, mais davantage encore en matière de crédibilité politique.

Le constat, impitoyable, appelle trois réactions.

1. Démissions. Lorsque le vice-président d’une société financée par de l’argent public affirme qu’il ne donnera pas le nom de celui qui lui a enjoint de signer un contrat scandaleux, et cela pour respecter un  » code d’honneur « , on verse dans la pire des séries B. Et ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres de la déliquescence ambiante. L’heure doit être désormais aux démissions  » spontanées  » et à l’abandon de certains mandats. Question d’éthique.

2. Commission d’enquête parlementaire. Si l’on connaît les pièges de ce genre de démarche, à commencer par les dérives médiatiques qui nuisent à la vérité, il n’en est pas moins indispensable d’instaurer une telle commission. Sauf à entériner le sentiment chez le citoyen que certains, décidément, peuvent tout se permettre (lire en page 16).

Pourtant, sans ces gestes forts, assumés et revendiqués par une classe politique qui aurait enfin repris contact avec le réel, le divorce avec les citoyens sera consommé pour de longues années.

3. Contrôle. Au-delà du court terme, le parlement régional wallon doit redevenir un véritable outil de contrôle de l’exécutif. La trop grande proximité des élus et les alliances politiques inévitables dans notre système électoral rendent la tâche difficile. Mais c’est le prix de la crédibilité. C’est celui aussi d’une réflexion en profondeur sur la fonction politique, dénaturée par des accointances prononcées avec les groupes de pression et les intérêts locaux.

Dans un livre publié en 1994, le philosophe Alain Touraine rappelait qu’  » un gouvernement national ou local qui serait au service direct de l’opinion publique aurait des effets déplorables. Il est de la responsabilité de l’Etat de défendre le long terme contre le court terme « . On pourrait étendre la réflexion aux discussions actuelles, au niveau fédéral, à propos des fins de carrière. Là aussi, les intérêts catégoriels pervertissent la réflexion. Suggérons donc la lecture du bouquin à quelques-uns. Son titre : Qu’est-ce que la démocratie ? l

de Stéphane Renard, Rédacteur en chef

Des démissions et une commission d’enquête : en l’absence de ces signes forts, le divorce du monde politique wallon avec les citoyens sera consommé pour de longues années

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