Cher Didier Reynders,

la lettre de marc oschinsky

Juste un petit mot pour vous remercier de m’avoir accueilli parmi vos amis. C’est vrai, ça peut toujours servir si on peut passer pour le pote du ministre des Finances, ne serait-ce que si vous vous faites arrêter à la frontière grand-ducale avec une valise pleine à craquer de grosses coupures à l’origine suspecte, ou si un fonctionnaire zélé se décide à vous réclamer 4 000 millions de milliards d’euros parce que votre ordinateur s’est planté pour de bon. Même que, me connaissant, c’est plutôt le deuxième cas qui risque de m’arriver. Bref, merci de votre amitié.

Bon, il est vrai aussi qu’il ne s’agit que d’une amitié virtuelle : depuis quelques jours, je suis sur Facebook, un site de socialisation fort de quelques millions de membres qui, tous, peuvent devenir mes amis : il suffit de cliquer une fois et l’affaire est réglée. C’est ce que j’ai fait avec vous, et vous avez accepté. Pas comme Anne-Marie Lizin, qui, elle, m’a scandaleusement ignoré. Notez, je ne suis pas certain à 100 % que ce soit vraiment Mme Lizin qui a créé sa propre page. Parce que signaler comme activité :  » Anne-Marie fait distribuer des tracts électoraux par les ouvriers communaux. Faut bien qu’ils travaillent « , je ne peux pas croire que ce soit son style. D’avouer avoir commis ce  » dérapage « , évidemment.

Heureusement, chez vous, c’est du sérieux, on sent que vous ne déléguez à personne le soin de gérer votre profil. Je vous imagine courbé sur votre ordi pendant les négociations. Tout le monde vous croit plongé dans des tableaux Excel remplis de chiffres sur la croissance, les taux d’intérêt… En fait, pas du tout : vous contemplez vos 400 amis virtuels – apparemment, je ne suis pas le seul à vouloir me protéger contre un bug informatique de vos services – et vous leur envoyez une invitation à aller regarder MRtv, le site avec vos plus belles vidéos. Eh oui, l’amitié confère des droits, mais aussi des devoirs.

On murmure même que, si Bart De Wever a claqué la porte des négociations, c’est parce que vous avez éclaté de rire en pleine réunion. Vous veniez d’arriver sur la page d’Yves Leterme, qui s’ornait de cette belle phrase :  » Yves has no friends.  » Intrigué, Bart a demandé à partager votre hilarité. Vous avez juste répondu :  » Non, c’est rien, laisse tomber.  » Avec le résultat que l’on connaît.

Bon, en attendant, on a un problème : c’est que le Yves en question va bientôt occuper le fauteuil de Premier ministre. Non seulement, on va se retrouver avec un type qui n’a aucun ami virtuel (même si, pour une fois, le virtuel ressemble à s’y méprendre au réel). Mais, en plus, il va remplacer Guy Verhofstadt. C’est bête : c’était le dernier de nos élus qui ne perdait pas son temps sur Facebook.

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