Ce qu’ils partagent, ce qui les distingue

LES SUJETS sont puisés aussi bien dans les textes mythologiques que religieux avec, chez Rembrandt, une prédilection pour l’art du portrait et de l’autoportrait et, chez le Caravage, un goût pour les simples natures mortes dont il est l’initiateur en Italie. Mais l’un comme l’autre puisent dans leur environnement immédiat, avec une préférence pour les milieux pauvres ou proches. Une maîtresse du Caravage tiendra le rôle de Marie Madeleine. Saskia, la première femme de Rembrandt, deviendra Flore, et son fils Titus sera saint François. De même, l’un et l’autre préfèrent les murs des caves à ceux des palais, même si Rembrandt s’enivre aux chatoiements colorés que lui procure la vue des riches tissus importés d’Orient. Plus qu’un désir de faire populaire, chacun privilégie en réalité le  » vrai « .

LE SYSTÈME NARRATIF. Chacun privilégie, dans l’histoire, l’instant le plus riche en émotion humaine, où le cri accompagne les silences les plus lourds. Pour exprimer ce moment fort, chacun recourt à trois moyens distincts :

1. Les gestes et attitudes. Une tête penchée suffit parfois à dire l’essentiel. A d’autres moments, c’est un bras tendu traversant la composition, un mouvement de cape, un regard. Soit des formes dont le caractère même évoque la légèreté, la menace, l’allégresse, l’inquiétude, la chute, la blessure fatale…

2. Les rapports entre les figures et le décor, la hauteur des personnages et celle de la toile, la distance entre les personnages et le bord du tableau, entre ceux-ci et le fond. Chez le Caravage, les personnages paraissent souvent sortir du cadre, parfois en contre-plongée, et surgir, de manière monumentale, dans notre espace propre. Tout y est affirmation. Chez Rembrandt, c’est le contraire. Les héros sont souvent noyés, tels des Ophélie, dans l’infini de l’espace peint qui les enveloppe et les grignote. L’ambiguïté domine.

3. Le clair-obscur construit l’espace autant que les figures et le décor. La lumière uniforme des Anciens est remplacée par des faisceaux de clarté venus de l’extérieur ou du centre même des compositions, soit de manière naturelle, soit par l’intermédiaire de lanternes, torches et bougies. Ce faisant, elle découpe des pans entiers ou morcelle les unités. Chaos chez le Caravage, murmures chez Rembrandt.

L’ÉCRITURE. Fran-che et pourtant d’une subtilité que seul un regard rapproché distingue chez le Caravage, elle devient infiniment complexe chez Rembrandt. Le Caravage copie ce qu’il a sous les yeux (il n’idéalise pas comme le font les classiques). Il ne construit pas ses compositions par des dessins préparatoires, contrairement à Rembrandt qui multiplie les essais. Tous deux aiment travailler  » sur le motif « , en disposant les modèles dans une pièce aux murs sombres. Par ailleurs, l’activité de graveur de Rembrandt nourrit ses appétits de peintre.

G.G.

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