Ce PS qui irrite et fascine

Le PS est dans le viseur. Mais pas trop : les autres partis francophones pensent qu’il faudra s’allier avec lui à l’échelon local

Quelle est  » la  » priorité politique des prochains mois ? Inutile de chercher à l’échelon fédéral. Il ne s’y passera rien, ou si peu. Amorphe depuis sa mise en place, en juillet 2003, le gouvernement de Guy Verhofstadt a connu un sursaut salutaire au cours de l’automne dernier. Alors qu’on misait sur sa chute, l’exécutif fédéral à participation libérale et socialiste a étouffé les tensions communautaires, bouclé l’impossible budget 2006, puis réalisé sa grande £uvre de la législature : allonger la durée de la carrière en douceur, sans trop de grèves ni de manifestations. Ouf, sauvé ! Aucun parti de la coalition n’avait intérêt à passer aux urnes avant l’heure. Certainement plus le PS, déstabilisé par les scandales dans les sociétés de logements sociaux, notamment. Bref, tout le monde continue. Sans supplément d’âme.

L’urgence de la rentrée est ailleurs. Pour la première fois depuis que la Belgique s’est fédéralisée, les feux de l’actualité se focalisent durablement sur la Région wallonne. Aux yeux des francophones, en tout cas. C’est un fait politique significatif, qui illustre la mutation d’un pays où les centres d’intérêts sont vraiment différents d’un côté à l’autre de la frontière linguistique. Patron du PS et du gouvernement régional wallon, Di Rupo a quelques semaines pour redresser la barre. En clair, stopper la spirale infernale : à ses yeux, les  » affaires  » doivent regagner la colonne des faits divers ; à l’inverse, le redressement économique est censé refaire la Une des médias, puis se traduire en projets concrets. Sinon ? Di Rupo et le PS finiront par boire la tasse. Au pire moment : à une encablure des élections communales d’octobre prochain, cruciales pour un parti dont la force est l’enracinement local. Cruel paradoxe pour le président socialiste, la recette la plus évidente pour traverser la tempête consiste à soigner sa sacro-sainte communication. Quitte à négliger le travail de fond et la sale besogne – assainir les pratiques internes, bousculer les  » barons  » jaloux de leur pouvoir et si influents à l’échelon local ? S’il fait ainsi l’autruche, comment Di Rupo redonnera-t-il au PS le profil d’un parti garant des intérêts collectifs ?

Le Parti socialiste reste donc l' » attraction  » politique du moment. Pour ses partenaires, la stratégie n’est pas facilitée pour autant. Le MR de Didier Reynders a intérêt à amener le gouvernement fédéral à bon port. Avec le PS. Joëlle Milquet et le CDH veulent la fin de la crise wallonne. L’affaire Francorchamps l’a d’ailleurs démontré : personne n’ose réellement mettre le PS en joue. Car c’est avec lui que le MR et le CDH cherchent déjà, l’un et l’autre, des alliances préélectorales à l’échelon communal.

Philippe Engels

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