Cavale au Chili

Quand son pays émergeait de la dictature. Antonio Skarmeta nous offre un thriller politique rocambolesque

Le Ballet de la victoire, par Antonio Skarmeta. Trad. de l’espagnol (Chili) par Alice Seelow. Grasset, 378 p.

Antonio Skarmeta est aujourd’hui le très officiel ambassadeur du Chili à Berlin, mais il a longtemps joué le rôle du mouton noir, à Santiago, lorsque les eaux boueuses du Mapocho charriaient les cadavres des résistants assassinés par la junte militaire. Pour échapper à la police de Pinochet, Skarmeta fut donc contraint de s’exiler en Europe, et c’est là qu’il ébaucha, entre deux cours à l’Institut de cinéma de Berlin-Ouest, une £uvre qui scintille sur les braseros du réalisme magique. Point culminant : Une ardente patience (Il Postino au cinéma, avec Philippe Noiret), où le romancier imagine la rencontre, sur un îlot lointain, de deux  » hommes de lettres  » divinement timbrés – un modeste facteur et un poète qui ressemble à Pablo Neruda.

Avec Le Ballet de la victoire, couronné en Espagne par le très juteux prix Planeta, Skarmeta signe un roman qui mêle l’ombre et la lumière dans le Chili de la transition démocratique. Nous sommes à Santiago, à l’heure où se tourne la page la plus tragique de l’histoire du pays, en compagnie d’un trio qui pourrait sortir d’un polar de Maurice Leblanc ou d’un film de Costa Gavras : Angel, le voleur de chevaux fraîchement libéré de prison, Nico, le vieux gentleman cambrioleur à la moustache gominée, et Victoria, l’apprentie ballerine dont le père fut exécuté par les sbires de Pinochet. Si leurs chemins se croisent, c’est parce qu’ils sont des mal-aimés, des chats de gouttière. Et parce qu’ils partagent le même goût pour la cavale, dans un Chili  » merveilleux et merdique  » où rôdent encore les anciens chacals de la dictature. L’un d’eux, ex-général engraissé par la Mafia, entasse dans son coffre-fort de l’argent très sale que Nico et Angel se sont juré de récupérerà

Le dénouement sera donc joliment rocambolesque, et parfaitement ficelé, même si l’auteur de La Noce du poète (prix Médicis étranger en 2001) a tendance à bâcler ses dialogues. C’est la seule fausse note de ce thriller politique qui brasse les eaux troubles d’un pays comateux où la démocratie, au mitan des années 1990, se réveilla avec une sacrée gueule de bois. Et où le  » ballet de la victoire « , parfois, avait des allures de danse macabre. l

Clavel

André Clavel

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