Cabinets ministériels: les coûts cachés

Pierre Havaux
Pierre Havaux Journaliste au Vif

En Communauté française, 30 % des « cabinettards » sont rémunérés par leur administration d’origine. Cette pratique, encore plus répandue en Région wallonne, masque la réalité des dépenses des cabinets.

Dans le jargon des cabinets ministériels, on les appelle pudiquement les agents détachés. Recrutés au sein des services publics, ces fonctionnaires sont légion dans les allées du pouvoir francophone. En puisant dans les forces vives des administrations pour étoffer leurs équipes de conseillers, les ministres s’assurent un renfort précieux et… bon marché. Car la majorité de ces agents détachés sont mis gratuitement à la disposition des cabinets. Ils restent donc à charge de leur administration, à l’inverse des agents  » fournis « , notamment, par d’autres niveaux de pouvoir. Dans ce dernier cas, une compensation financière est versée à leur administration d’origine.

Le filon est donc abondamment exploité : en Communauté française, près de 30 % des  » cabinettards  » sont des fonctionnaires détachés de leur administration. C’est cette dernière qui les rémunère, pas le cabinet. La pratique est tout aussi courante en Région wallonne. Une fâcheuse manie ? Elle fausse en tout cas la réalité des dépenses supportées par les cabinets ministériels. Et elle relativise du coup la modération proclamée en la matière par les autorités. En Communauté française, la controverse liée à la douche aménagée au cabinet de la ministre-présidente Marie Arena (PS) et celle liée aux travaux engagés pour rénover les lieux avaient pourtant inspiré, fin 2004, une subite opération de transparence financière. Promis juré, disait-on, dès 2005, les crédits alloués aux cabinets en Communauté française seraient réduits de 10 %. Objectif atteint ? A nos calculettes.

La Cour des comptes, qui a passé au peigne fin la régularité des dépenses des cabinets et de leurs services d’appui à ce niveau de pouvoir, a certes constaté qu’en Communauté française les moyens financiers prévus en 2008 (25,751 millions d’euros) se sont stabilisés par rapport aux deux années précédentes. Ils sont aussi inférieurs aux crédits alloués en début de législature.

Manque de transparence dans les dépenses

La Cour souligne aussi la diminution des effectifs globaux dans les cabinets : 4 % depuis le début de la législature. Mais elle relève que l’exercice de transparence garde ses limites :  » Le projet de budget 2008 ne reflète toujours pas le coût réel des collaborateurs des ministres, puisque les crédits destinés à la prise en charge des rémunérations des agents détachés du ministère de la Communauté française et du secteur de l’enseignement notamment, ne sont pas intégrés dans les programmes relatifs aux dépenses des cabinets.  » Impossible donc de quantifier les montants en jeu. Une certitude : la facture réelle de ces cabinets s’en trouve fort opportunément soulagée. Le flou artistique entretenu n’est pas anodin non plus : il porte respectivement sur 30 % et 34 % d’équivalents temps plein (ETP) employés dans les cabinets de la Communauté française et de la Région wallonne. A des taux variables, selon les cabinets ministériels.

A l’opposition MR, qui se fait un plaisir de relayer les objections de la Cour des comptes, Michel Daerden (PS), grand argentier de la Communauté française et de la Région wallonne, ne nie pas la réalité de la pratique. Mais, insiste-t-il, elle n’est pas neuve et elle est courante à tous les niveaux de pouvoir. Elle est, assure-t-il encore, en voie de diminution dans le sud du pays. Ni lui-même ni la ministre-présidente Marie Arena (PS) n’y voient d’ailleurs malice :  » Il est utile pour le gouvernement de ne pas se couper de l’expertise de l’administration.  » Un argument qui se défend. Instaurer plus de transparence permettrait, cela dit, de débarrasser la pratique de son image de  » maladie honteuse  » à dissimuler à tout prix… l

Pierre Havaux

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