Bush à court d’idées

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

Bombardés par les mauvaises nouvelles en provenance de Bagdad, les Américains aimeraient savoir s’ils sortiront un jour d’Irak et comment. Leur président a présenté son plan de sortie de crise. Peu convaincant

Il est temps d’enlever les petites roues de sécurité.  » Devant les sénateurs et les députés républicains réunis le 20 mai pour une séance à huis clos, George W. Bush avait comparé la démocratisation de l’Irak à l’apprentissage de la bicyclette. Pas de chance, le week-end suivant, il a fait une chute de vélo dans son ranch de Crawford, au Texas, et c’est avec le menton et le nez éraflés qu’il a dévoilé, au soir du lundi 24 mai, sa  » stratégie  » pour sortir du bourbier irakien.

Le président cabossé se serait bien passé de ce symbole un peu lourd de ses déconvenues en politique étrangère. Il est déjà suffisamment égratigné dans les sondages : le scandale de la prison d’Abou Ghraib et la spirale de la violence en Irak ont fait tomber sa cote de popularité sous les 45 %, le plus bas niveau de son mandat. La majorité des Américains pense que Bush est à court d’idées sur l’Irak. Le discours prononcé en Pennsylvanie visait, dès lors, à reprendre la main face à des médias de plus en plus critiques. L’objectif des conseillers de la Maison-Blanche est de se débarrasser des casseroles du  » passé  » û absence d’armes de destruction massive, résistance meurtrière à une occupation détestée, sévices infligés aux détenus irakiens, bavure de la noce massacrée par un raid américain, disgrâce d’Ahmed Chalabi, le » chien fidèle  » que Washington voulait mettre en selle à Bagdad… û pour déplacer le débat vers l’avenir. D’ici à la fin juin, Bush prévoit de prononcer pas moins de cinq autres discours sur le futur de l’Irak.

Fin de l’occupation… sur le papier

La première intervention de cette campagne, qui a vu le président confirmer le transfert de souveraineté aux Irakiens le 30 juin et promettre de détruire la prison d’Abou Ghraib, a paru un peu prématurée. Lakhdar Brahimi, l’envoyé spécial de l’ONU, n’avait pas encore rendu compte de ses démarches pour former un gouvernement intérimaire et les discussions ont à peine commencé, cette semaine, sur la future résolution censée orchestrer l’après- 30 juin.  » En anticipant sur le résultat de la négociation, le président n’a fait qu’ajouter à la confusion « , juge un diplomate européen.

Selon le projet de résolution anglo-américain soumis au Conseil de sécurité de l’ONU, l’occupation de l’Irak cessera le 30 juin, du moins sur le papier. Un nouveau gouvernement de 25 ministres devrait remplacer l’autorité provisoire mise en place par les Américains après l’invasion du pays. Il sera conduit par un Premier ministre, sans doute chiite, sous l’autorité morale d’un président, probablement sunnite, et de deux vice-présidents (un chiite et un Kurde). Ce gouvernement préparerait les élections générales, qui devraient se tenir avant le 31 janvier 2005.

Un  » rôle directeur  » est reconnu à l’ONU dans ce processus. Reste toutefois à faciliter le retour de l’organisation dans un environnement qui est loin d’être sécurisé : les attentats se multiplient à Bagdad et les villes saintes chiites sont secouées par des affrontements meurtriers entre partisans de Moqtada al-Sadr et soldats américains. En outre, la résolution ne prévoit pas de date butoir pour le retrait des forces de la coalition. Le mandat de la force multinationale û qui restera sous commandement unifié, c’est-à-dire américain û serait  » réexaminé  » au bout d’un an. La France et l’Allemagne avaient insisté pour que la  » souveraineté totale  » rendue aux Irakiens s’étende aux questions militaires. Mais Washington propose plutôt que la force de stabilisation agisse en  » partenariat  » avec le gouvernement intérimaire, sans plus de détails. Il n’est même pas précisé si l’armée et la police irakiennes travailleront sous l’ordre du gouvernement de Bagdad ou des Etats-Unis.

Appel à l’Otan

Dans ces conditions, on peut douter que la nouvelle autorité représente, aux yeux des Irakiens, une véritable rupture avec le régime d’occupation. En outre, si le projet de résolution discuté ces jours-ci a pour principal objectif de solliciter dons et troupes auprès des pays membres du Conseil de sécurité et des  » organisations pertinentes  » (l’Otan), il n’est pas sûr du tout que cet appel à l’aide lancé à la communauté internationale soit entendu.

Pour autant, Bush affirme sa détermination à  » garder le cap « .  » Oui, mais lequel ? » demande un éditorialiste du Washington Post. Devenue très critique depuis quelques jours, la presse américaine n’accepte plus l’amalgame entre Irak et Al-Qaida et s’agace de voir le président continuer à décrire ce qui s’est passé à Abou Ghraib comme les méfaits d’une poignée d’individus. US Today, quotidien généralement très neutre, s’est même permis de publier ce sous-titre grinçant au lendemain du discours présidentiel :  » L’occupation se termine bientôt, les troupes restent indéfiniment.  »

Olivier Rogeau

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