Bons baisers de Singapour

Eric Khoo signe avec Be With Me un hymne simple, tendre et attachant à l’espoir et au sentiment amoureux

Eric Khoo affectionne les sujets choraux, les films-mosaïque réunissant personnages et destinées multiples autour d’un thème commun et dans une perspective humaniste. Le jeune cinéaste s’était fait connaître localement en 1995, avec Mee Pok Man, puis internationalement deux ans plus tard avec 12 Storeys, chronique douce-amère de la vie des habitants d’un immeuble de douze étages et premier film de Singapour sélectionné au Festival de Cannes. C’est encore sur la Croisette que le troisième opus de Khoo a connu sa première au mois de mai dernier, confirmant le talent d’un réalisateur à la fois ancré dans sa culture natale et capable de donner à ses films une résonance universelle profonde, à l’image de ce que réussit son auteur préféré, le Finlandais Aki Kaurismäki.

Be With Me se décline en trois récits : un vieil homme solitaire voit sa vie rebondir après la lecture de l’autobiographie d’une sourde-muette ; un agent de sécurité oscille entre sa passion pour la nourriture et l’admiration qu’il voue à une femme d’affaires travaillant dans le même immeuble que lui ; des adolescentes voient leur vie affective influencée par les messages SMS qu’elles échangent sur leurs téléphones portables.  » J’ai voulu mettre en scène trois âges de la vie, la vieillesse, l’âge adulte et la jeunesse, en les réunissant autour des thèmes de l’espoir – même fragile – et du désir de vivre près de l’être aimé « , explique Eric Khoo dont le style tout en nuance et l’affection visible pour ses personnages créent au fil des images une émotion subtile, par endroits poignante.  » Il y a quelque chose de moi dans chacun des personnages du film « , commente le cinéaste qui a inclus dans une de ses trois histoires une personne réelle : Theresa Chan.  » Cette femme extraordinaire, aujourd’hui âgée de 62 ans, est devenue sourde et aveugle au sortir de l’enfance. Loin de se résigner, elle a suivi des études, appris la danse et le patinage (entre beaucoup d’autres activités), et elle a même tenu le rôle de Juliette sur scène, dans une adaptation du Roméo et Juliette de Shakespeare !  » Touché par l’autobiographie à succès de Chan, puis devenu son ami, le réalisateur a été heureux de lui faire jouer son propre rôle dans Be With Me, où s’exprime  » quelque chose que Theresa et moi avons en commun : le fait de croire au destin, au fait que tout arrive pour une raison…  »

On ne tourne que six ou sept films par an à Singapour. Mais Eric Khoo assure que la cinématographie locale nourrit bien d’autres talents que le sien. Après les révélations venues de Thaïlande et de Corée, et les confirmations chinoises (y compris Taïwan et Hongkong), l’Extrême-Orient n’a décidément pas fini de nous surprendre.

L.D.

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