BHV a un prix

Ne versons pas dans le populisme : la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV) ne relève pas de la politique politicienne. Car la séparation de la région bilingue de Bruxelles des 35 communes flamandes des cantons de Hal et de Vilvorde, comptant 150 000 francophones, n’a rien d’anodin. Elle toucherait à nos équilibres communautaires, à l’identité et à l’histoire du pays.

Pour la Flandre, elle est considérée comme l’aboutissement d’un long combat. Le Mouvement flamand remonte à 1840. Il lui a fallu plus de trois quarts de siècle pour obtenir, en 1921, l’esquisse d’une frontière linguistique. Le royaume est alors divisé en trois entités : la région unilingue flamande, la région unilingue francophone (la Wallonie) et une région bilingue (Bruxelles). Au départ, aux lisières de ces territoires, des communes changeaient de régime linguistique, au gré des variations démographiques constatées par recensement : la frontière était élastique. Mais le recensement de 1947 a changé la donne. Il a révélé une nette progression du français, surtout à Bruxelles, qui faisait  » tache d’huile  » sur le territoire flamand. La suppression des recensements et la fixation de la frontière linguistique, une fois pour toutes, sont alors devenues une revendication flamande. Cette évolution fut fatale aux francophones. Certes, Mouscron et Comines, à majorité francophone, ont été transférés de la Flandre occidentale au Hainaut. Mais, à l’inverse, les Fourons sont passés de la province de Liège au Limbourg. Ce fut déjà, en 1962, la conséquence d’un coup de force des Flamands : à la Chambre, ce rattachement a été voté par une majorité de 130 voix. Dont seulement… 20 votes wallons et 13 bruxellois.

Depuis, aux yeux des Flamands, l’arrondissement bilingue de BHV, qui se joue de la frontière linguistique, constitue une anomalie. Il permet à des habitants de Flandre d’être jugés en français, mais aussi de voter pour des francophones lors des élections fédérales et européennes. La scission consacrerait l’intangibilité de la frontière linguistique. Elle enclaverait Bruxelles en Flandre et la séparerait clairement de la Wallonie. Les Flamands seraient maîtres chez eux et les francophones de Hal et de Vilvorde se trouveraient en terre étrangère, en quelque sorte.

Car qui est dupe ? En ces temps de tensions communautaires exacerbées, personne ne donne très cher de la Belgique. En cas d’éclatement du pays, une frontière linguistique pourrait devenir tout naturellement une frontière d’Etat. Or, économiquement, le Brabant flamand tire un profit maximal de sa proximité avec Bruxelles. Isoler le sud du pays du moteur économique constitué par la capitale de l’Europe risque de l’appauvrir encore davantage. Permettre, au contraire, à la Wallonie d’avoir une frontière commune avec Bruxelles, en élargissant cette dernière, est un enjeu vital pour les francophones. Cette revendication demeure onbespreekbaar (non négociable) pour la plupart des néerlandophones ? Mais la scission de BHV sans contrepartie l’est tout autant pour les Wallons et les Bruxellois.

de dorothée klein – Rédactrice en chef

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