Bart De Wever, diable d’homme

Chroniqueur et blogueur francophone, Marcel Sel s’acharne à démasquer les travers de l’homme qui, depuis un an, ferait vivre à la Belgique un véritable enfer. De Wever, sa N-VA et ses noirs desseins décryptés sans fioritures.

Grâce ou à cause de lui, c’est une question de point de vue, plus rien ne sera comme avant en Belgique. Depuis un an, Bart De Wever tient le pays, sinon dans sa main, du moins en haleine. De Wever, l’homme qui tient toutes ses promesses. L’abonné aux ultimatums, sans cesse repoussés ou jamais exécutés : le dernier en date est fixé pour l’été, moment où cela doit politiquement passer ou casser. L’homme qui est passé maître dans l’art de jeter de l’huile sur le feu, sur l’air de ne jamais vraiment y toucher. Et puis l’adepte des formules chocs qui font bêtement mouche : la dernière du genre,  » La N-VA évoque le XXIe siècle, le PS parle du XIXe siècle « , ne sort pas du lot.

De Wever, le messie de la N-VA, se retrouve déshabillé. Et celui qui le met à nu, ne lui veut pas que du bien. Marcel Sel, écrivain, chroniqueur et créature médiatique de la (micro-)blogosphère, n’y va pas avec le dos de la cuiller pour clouer au pilori De Wever. Au fil des 439 pages de son livre qui ambitionne de percer  » les secrets de Bart De Wever « , l’auteur francophone ne trouve que des défauts au chef de file des nationalistes flamands, à son idéologie, à son parti, à ses desseins. Marcel Sel passe en revue discours et déclarations de dirigeants N-VA et surtout de leur chef de file, pour en arriver à conclure que tout est à jeter dans le personnage.  » Le Diable « ,  » Le Flamingant « ,  » L’Hypocrite « ,  » Le Génie « ,  » Le Nationaliste « ,  » L’Identitaire « ,  » Le Menteur « ,  » Le Prosélyte « ,  » Le Complexé « ,  » Le Nébuleux « ,  » L’Emotif « , on en passe et des meilleures : les titres des chapitres de l’ouvrage foisonnent dans la critique au vitriol pour démasquer les traits de caractère du leader politique flamand. Avec, en toile de fond, la question qui tue et qui rend fou :  » Comment cet homme apparemment affable est-il parvenu à dominer, voire à terroriser la classe politique belge ?  » Rien moins que ça.

Bart De Wever, ou l’histoire d’un talent mis au service d’une bien mauvaise cause : Marcel Sel s’acharne à le démontrer en grattant tant et plus le vernis de cette figure volontiers débonnaire, pour mieux pourfendre le  » nationalisme démocratique  » dont il se prétend le héraut. Bas les masques :  » Le nationalisme n’est pas quelque chose de sain, à l’aune de la démocratie européenne « , clame le chroniqueur. Sur ce plan, Bart De Wever et la N-VA seraient en train de mystifier dangereusement tout leur monde :  » En faisant passer son engagement nationaliste pour une lutte pour l’émancipation d’une minorité nationale, la N-VA séduit des mouvements autonomistes qui n’ont en fait rien de commun avec elle : la N-VA refuse crûment de respecter les droits constitutionnels de la minorité historique des francophones de Flandre, allant jusqu’à nier son existence !  » Or il se pourrait bien que la sauce prenne, s’alarme l’auteur :  » De par son charisme, et le culte de la personnalité qu’il inspire, Bart De Wever est aujourd’hui en mesure de menacer l’élan postnationaliste d’une Union européenne démocrate. « 

L’intention de nuire

La N-VA saurait s’y prendre pour parvenir ainsi à ses fins. Avec un art diabolique de brouiller les pistes, en osant annoncer tout et son contraire :  » Le même jour, l’on peut entendre Bart De Wever prétendre qu’il veut un accord gouvernemental qui préserve l’avenir de la Belgique, et l’un de ses plus proches lieutenants, Jan Jambon, annoncer que la Flandre indépendante est pour demain ! Cette confusion est voulue.  » Aux yeux de Marcel Sel, l’intention de nuire ne fait pas un pli :  » Dans l’Etat flamand de Bart De Wever, un francophone devra entrer dans le costume d’un  » Flamand identifié « , ou s’en aller  » […]  » La N-VA n’admet pas l’existence d’une minorité historique francophone en Flandre, en dépit des évidences.  » Et le chroniqueur ne nourrit aucune illusion sur les desseins ultimes de ce parti : l’identité prônée par la N-VA n’est conçue que comme  » un ciment culturel protectionniste destiné à protéger la culture flamande des influences extérieures « .

Manipulation des médias, stratégie de pourrissement, volonté d’apparaître comme un homme diabolisé en état de légitime défense face à une menace francophone : Marcel Sel entend démontrer à quel point le leader charismatique de la N-VA est parvenu à mettre la Flandre et ses médias dans sa poche, pour ne pas dire sous sa coupe.  » La Flandre ne se scandalise même plus vraiment quand Bart De Wever se lâche […] Et il y va ! Tout est bon chez lui pour fustiger le  » Wallon « . Son goût pour la paresse, ce qu’il  » vole  » à chaque famille flamande, son manque de respect, son arrogance, sa richesse, sa misère, son Etat-PS qui tue le pays ; sa Bruxelles francophone, véritable dictature pour les pauvres Flamands défavorisés, victimisés, étranglés.  » A suivre la remontée dans le passé de De Wever à laquelle se livre Marcel Sel, on serait amené à en conclure que cette croisade est une affaire de tripes. Sous la plume de l’auteur resurgit l’enfance du chef de file de la N-VA, le milieu flamingant dans lequel il a grandi,  » le nationalisme identitaire le plus radical  » qui a imprégné sa jeunesse. De Wever le cultive au travers de ses fréquentations, pointées du doigt par Sel :  » Bart De Wever n’hésite pas à fréquenter ouvertement des gens d’extrême droite sous des prétextes divers. Il fut photographié avec Jean-Marie Le Pen, mais il n’était là que pour s’informer… Il fut à l’enterrement du fondateur du Vlaams Belang, l’extrême droite flamande, Karel Dillen, mais pour des raisons familiales exclusivement.  » Cette proximité idéologique que Marcel Sel assure pouvoir déceler entre la N-VA et l’extrême droite version Vlaams Belang (l’islamophobie en moins) ou encore la nouvelle droite à la Marine Le Pen suffisent selon lui à faire de Bart De Wever un homme dangereux sous le couvert d’une bonhomie teintée d’humour.

Vraiment trop fort, ce Bart De Wever. Qui sait aussi jouer de son physique pour remporter la partie. Son profil de  » tueur silencieux  » serait capable à lui seul de faire la différence lors d’un débat sur un plateau télévisé, relève l’écrivain. Et de se référer à la posture qu’affichait le président de la N-VA face au MR Didier Reynders, lors d’un débat préélectoral organisé à la VRT, à quinze jours du scrutin du 13 juin 2010.  » Il pourrait terrasser le francophone qui lui fait face sans mot dire. Sa corpulence et son cou épais, aussi large que son visage poupon, donnent l’impression qu’il est incapable de tourner la tête, et de fait, il ne la tourne pratiquement pas. Il a le regard vif. Sa bouche garde un sourire figé, qui sonne faux, pendant que ses yeux laminent l’adversaire. Un £il moqueur, un rictus amusé, une moue arrogante lui suffisent pour emporter une à une chaque manche de ce combat inégal. « 

Au final, il reste cependant le succès phénoménal de cet homme. Une ascension forgée et maintenue, observe Marcel Sel, sur la désignation de trois ennemis.  » L’ennemi extérieur : c’est le Wallon et  » sa  » Belgique, et son roi, causes de tous les maux de la Flandre. L’ennemi intérieur : les partis flamands traditionnels qui, de par leur trop grande souplesse, laissent les francophones diriger le pays. L’ennemi pernicieux : le francophone de Flandre, qui ronge la Flandre de l’intérieur, tente de s’approprier et de détruire sa culture.  » Que pourrait plaider pour sa défense, le  » héros  » malgré lui de cette histoire ? Le pamphlétaire a déjà sa réponse :  » Diabolisation ! « 

P. HX

 » La N-VA n’admet même pas l’existence d’une minorité historique francophone en Flandre « 

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