Autodéfense et citoyenneté

Si la société ne peut (ou ne veut) pas me protéger, ai-je le droit de le faire avec mes propres moyens ? Jean Creusz, par couriel

Deux remarques. Premièrement, précisons que la société en question est démocratique malgré les reproches justifiés qu’on lui adresse sur ses boiteries, ses errances, ses faux-semblants. Deuxièmement, de quelle agression s’agit-il ? Dois-je être uniquement protégé de toute atteinte physique, de toute atteinte à ma liberté due à l’arbitraire du prince ? L’Etat n’a-t-il pas obligation de me protéger contre toute discrimination ? D’une certaine façon, l’individu que je suis ne peut être affecté, blessé ou humilié sous aucun prétexte. Commettrait-il un délit que la sanction devrait se limiter à une amende ou un emprisonnement, c’est-à-dire à la privation de la liberté… sans autre ajout.

Voilà pour les principes, mais la réalité est moins satisfaisante. D’une part, le fait de ne pouvoir ni travailler, ni me soigner, ni assurer aux miens une vie décente n’est-il pas une agression sociale ? D’autre part, si je suis victime d’une agression physique ou morale et que l’Etat est impuissant à me protéger, comment réagir ?

Ces deux cas û l’agression sociale et l’impuissance de l’Etat à assurer ma protection û possèdent un même fondement : l’incapacité de la société démocratique de jouer son rôle. Pour ce qui est de l’agression sociale, différents facteurs s’additionnent : l’ensemble des citoyens sont loin d’avoir un même point de vue à ce propos ; les conflits d’intérêts sont profonds ; les moyens manquent. Par ailleurs, la collectivité est apparemment toujours à court de moyens pour faire face correctement à l’agression sociale. Il ne reste qu’une option, la recherche d’un accord politique d’une majorité pour diminuer progressivement cette agression sociale. Jusqu’à présent, malgré tout le romantisme qui s’attache à la posture révolutionnaire, la violence du même nom n’a causé, dans nos pays, que de plus grands malheurs.

Reste à réfléchir à la question du comment réagir quand je suis agressé physiquement ? Ici aussi, la violence est une réponse inadaptée. Dans un Etat de droit, mon effort citoyen consiste à lutter non pas individuellement pour me protéger coûte que coûte (voire me venger) mais pour renforcer le règne de la loi. Agir autrement, c’est exercer une contre-violence vis-à-vis de la violence que je subis. C’est souffler sur le feu, ajouter une bûche pour alimenter la flamme. Intuitivement, on le sait, puisqu’on a conscience que si, par malheur, on était contraint à la violence personnelle pour se défendre, c’est que l’Etat démocratique aura vécu. Adressez vos questions de philosophie ou de société à Jean Nousse, via Le Vif/L’Express ou par courriel à jeannousse@tiscali.be.

jean nousse

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