Aubry Tel est son destin

Une fois de plus, les circonstances jouent en faveur de la première secrétaire du PS. Celle qui n’avait pas de plan de carrière est à nouveau prête à prendre ses  » responsabilités « .

N aguère, c’est-à-dire il y a à peine quelques jours, elle semblait traverser une mauvaise phase. C’était à peine si ses camarades ne lui prenaient pas le pouls. Martine Aubry était une première secrétaire distancée dans les sondages, exécutant les affaires courantes du Parti socialiste français en attendant le rouleau compresseur DSK. Elle n’allait guère plus au contact des militants et évacuait les questions sur son avenir d’une phrase toute faite :  » Nous déciderons en juin qui sera le mieux placé entre Dominique et moi. « 

Au début de 2008, elle vit repliée sur ses terres lilloises

Quand elle apprend l’arrestation du managing director du FMI, elle est sous le choc, parle de  » coup de tonnerre « , utilisant, sans s’en rendre compte, l’expression employée par Lionel Jospin, au soir du 21 avril 2002. Tenue par un pacte de désistement réciproque avec Dominique Strauss-Kahn, la voilà relancée au moment où elle s’y attendait le moins. Ce n’est pas la première fois qu’un coup du sort la remet en selle.  » Martine Aubry n’a jamais eu de plan de carrière « , résume le député PS Christian Paul. En 1995, ses camarades l’incitent à se présenter à la présidentielle. Elle refuse. L’Histoire la servira de nouveau. Au début de 2008, Aubry vit repliée sur ses terres lilloises. L’ex-star du gouvernement Jospin ne pèse plus dans la vie politique nationale. C’est alors que Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn la sollicitent pour qu’elle présente leur motion au congrès de Reims. Pourquoi elle ? L’élue est connue, mais pas au point de leur faire de l’ombre, pensent-ils. Ce sera un échec. Leur motion n’arrive que troisième. Pourtant, elle va bénéficier du retrait de Bertrand Delanoë et du front anti-Royal. Finalement, c’est elle qui se retrouve à la tête du PS. Le 17 mai, lors du bureau national qui suit le choc de l’affaire DSK, sa voix se noue. Ses yeux s’humidifient en évoquant le sort de son cher  » Dominique « . Pendant trente secondes, elle reste incapable de prononcer le moindre mot. Silence de mort dans l’assistance.

Aujourd’hui, Aubry assure qu’elle prendra ses  » responsabilités « .  » Mon envie, c’est d’être utile à mon pays « , explique-t-elle sur France 2, le 22 mai. Elle sera donc candidate à la primaire.  » Elle avance quand elle se sent porteuse d’une responsabilité, décrypte un ancien membre du cabinet de l’ex-ministre des Affaires sociales. Qu’on ne s’y trompe pas. Elle est tout sauf dénuée d’ambitions. Seulement, elle appartient à cette catégorie de responsables politiques qui ont du mal à assumer leur appétit de pouvoir.  » Au fond, elle aime qu’on la sollicite, si possible à plusieurs reprises.

Elle bénéficiera de nombreux appuis

En vue de la primaire, elle devra accréditer l’idée qu’elle n’est pas une candidate de substitution, plan B d’un DSK empêché. Son équipe lui a concocté une feuille de route : vanter son bilan à Lille, en érigeant sa ville en  » laboratoire de modernité  » ; achever la  » reconstruction du PS  » ; faire un tour de France reflétant son  » histoire personnelle  » avec le pays. Enfin, rappeler  » ses combats successifs « . Elle devra personnaliser des propositions. Celles du parti sont connues, mais composent une plate-forme plutôt mollassonne, trop consensuelle et sans grande originalité (par exemple, les 300 000 emplois jeunes).

Elle bénéficiera de nombreux appuis, de l’aile gauche du PS aux amis de Laurent Fabius, en passant par les cadres les plus importants de la Strauss-kahnie, famille orpheline de son champion.

M. W.

 » Elle a su démontrer qu’elle pouvait naviguer par gros temps « 

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