Au fil des saisons…

Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Le cinéma coréen s’est trouvé un poète avec Kim Ki-duk, auteur du méditatif, superbe et très touchant Spring, Summer, Fall, Winter… and Spring

A l’heure où Old Boy, de Park Chan-wook, vient de remporter le Grand Prix du Festival de Cannes, la vigueur foisonnante du nouveau cinéma sud-coréen s’affiche dans nos salles avec la sortie de l’admirable Spring, Summer, Fall, Winter… and Spring, signé du prolifique autant qu’inspiré Kim Ki-duk. Primée aux festivals de Locarno et de San Sebastian, cette £uvre subtilement méditative, visuellement superbe et immensément touchante porte la marque d’un cinéaste poète. Kim Ki-duk, également auteur du scénario, y a trouvé dans les montagnes de son pays le cadre unique et spectaculaire de son film : un lac cerclé de pentes couvertes de végétation. Au milieu, il a fait construire un plancher de bois et, dessus, un petit bâtiment, un monastère bouddhiste flottant perdu en pleine nature et qu’habite un moine unique. L’homme a un petit compagnon, un enfant qu’on devine avoir été abandonné et confié à lui. Le gamin joue, expérimente, fait quelques bêtises, sous le regard patient de son tuteur qui le laisse faire, puis lui explique ses petites et grandes erreurs, le poussant à les réparer. Comme quand le garçonnet s’amuse à attacher des pierres au corps d’animaux dont les vains efforts pour se libérer lui font venir des sourires… qui se figeront lorsque son aîné lui attachera une pierre sur le dos pour lui faire comprendre le mal qu’il a fait !

Limpide et apaisé

Nous sommes au printemps et d’autres saisons défileront tandis que le moine vieillit, que l’enfant grandit. Avec les années, des événements extérieurs viendront troubler la quiétude des lieux et de ses deux habitants, jusqu’à causer leur séparation, puis leurs retrouvailles après un événement tragique…

Dominé par la figure du cercle, élément crucial de nombreuses philosophies extrême-orientales, Spring, Summer, Fall, Winter… and Spring s’attache aux quatre saisons de la vie avec un regard limpide et apaisé, en dépit des épisodes tragiques ou même cruels qui peuvent s’y dérouler. Kim Ki-duk cadre avec un art souverain de l’ellipse ses personnages en constant rapport avec la nature qui les entoure et qui change dans un éternel recommencement que l’existence humaine, fragile et fugitive, ne saurait connaître. Les images sont magnifiques, l’interprétation remarquable (Oh Young-su incarne l’aîné des deux moines, quatre acteurs se relayant dans le rôle du cadet selon l’âge du personnage).  » Je voulais montrer la joie, la colère, le chagrin et le plaisir qui traversent nos vies au fil de leur déroulement « , explique le réalisateur coréen, qui s’est attaché à exprimer subtilement  » les changements de caractère chez les êtres humains, la cruauté de l’innocence, l’obsession du désir, la douleur des desseins meurtriers et l’émancipation dans les combats…  » Mission accomplie pour un cinéaste dont le style épuré accompagne idéalement le propos, et dont la philosophie n’exige pas une adhésion totale pour faire de la découverte de Spring, Summer, Fall, Winter… and Spring une expérience artistique et émotionnelle d’une singulière richesse.

Louis Danvers

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