Athlètes génétiquement modifiés

Lors des prochains Jeux olympiques de Pékin, en 2008, les athlètes qui pensaient disposer de l’arme ultime, mais surtout indétectable lors des contrôles, pourraient vite déchanter. En effet, les tricheurs s’imaginant pouvoir recourir au dopage génétique pour tenter d’engranger les médailles ne passeront pas les contrôles sans se faire pincer.

Aujourd’hui, on le sait, le dopage génétique est techniquement possible. Mais en quoi consiste-t-il ? Il s’agit pour un athlète de modifier son patrimoine génétique afin d’augmenter ses performances. Attention, il n’est pas question ici d’isoler un quelconque gène de la performance ou de la résistance physique et de l’inoculer à un sportif. Le dopage génétique repose sur la maîtrise des techniques de transfert de gènes synthétiques. C’est ainsi qu’en lieu et place de s’injecter des hormones qui améliorent les performances, comme l’EPO (érythropoïétine), les athlètes pourraient plus simplement stimuler la production naturelle de cette molécule au sein même de leur organisme. Connu dans le monde du cyclisme notamment, l’EPO augmente la production de globules rouges et permet d’améliorer le transport d’oxygène vers les muscles. On miserait sur le gène responsable de la production naturelle d’EPO pour remplacer les injections ! Idem avec d’autres gênes comme, par exemple, celui qui détermine la puissance et le volume musculaire. Chez certains mammifères, des expériences ont été tentées et les animaux ont vu leur masse musculaire augmenter de près de 30 %.

Même si on ne sait pas encore si la barrière a déjà été franchie par certains médecins et athlètes, des chercheurs français ont d’ores et déjà annoncé qu’ils pourraient déceler la présence de l’EPO produit directement par l’organisme du sportif. En effet, l’érythropoïétine produite après insertion d’un gène dans le muscle serait différente de celle produite naturellement par les reins. Donc, détectable. En 2005, l’Agence mondiale antidopage (AMA) a alloué 1,8 million de dollars (environ 1,5 million d’euros) pour lancer des recherches sur la détection du dopage génétique. Olivier Rabin, le directeur scientifique de l’AMA, a demandé aux fédérations sportives de rester vigilantes face aux manipulations du corps humain. Les instances sportives ne souhaitent pas se faire distancer dans la lutte antidopage. Et les spécialistes de la génétique tirent déjà la sonnette d’alarme. Ils préviennent les apprentis sorciers tentés par ce type de dopage qu’ils pourraient bien connaître de très mauvaises surprises dans le futur. En effet, quand on introduit un nouveau gène dans le corps humain, on modifie un équilibre bien établi alors qu’on ne possède pas les moyens de limiter sa zone d’action. Un risque de prolifération anarchique n’est pas à exclure avec, à la clé, des maladies comme des embolies pulmonaires, des cancers ou autres… Pourtant, certains sportifs ne sont pas capables de faire la balance entre risques et bénéfices. Ils sont prêts à tout pour une gloire souvent éphémère et de grosses liasses de billets verts.

Laurent Toussaint

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